Il dit : « Ce poème n’a cessé d’être transmis parmi les Anṣār, qui le préservaient entre eux, et il se trouvait chez Abū Ayyūb al-Anṣārī (que Dieu l’agrée et l’honore). »
Al-Suhaylī déclara : « Ibn Abī al-Dunyā rapporte, dans son livre consacré aux tombes, qu’on creusa une fosse à Ṣanʿāʾ où l’on découvrit deux femmes, accompagnées d’une plaque d’argent sur laquelle était gravé en lettres d’or : “Voici la tombe de Lamīs et Ḥubbā, filles de Tubbaʿ. Elles sont mortes en attestant qu’il n’y a de dieu que Dieu, l’Unique, sans associé, et c’est ainsi que sont morts les justes avant elles.” »
Plus tard, la royauté échut à Ḥassān ibn Tubbān Asʿad, qui était le frère de l’« al-Yamāma la Bleue », celle-là même qui fut mise en croix à la porte de la ville de Jaw, rebaptisée dès lors al-Yamāma.
Ibn Isḥāq rapporta : « Lorsque son fils Ḥassān ibn Abī Karb Tubbʿān Asʿad régna, il partit avec les gens du Yémen dans l’intention de soumettre les terres arabes et étrangères. Quand ils atteignirent une région d’Irak, Ḥimyar et les tribus yéménites prirent en aversion la poursuite de cette expédition et souhaitèrent retourner dans leurs foyers. Ils s’adressèrent alors à un frère de Ḥassān nommé ʿAmr, qui se trouvait dans l’armée, en lui disant : “Tue ton frère Ḥassān, nous te ferons roi à notre tête, et tu nous ramèneras chez nous.” Il accepta. Ils se liguèrent donc, à l’exception de Dhū Ruʿayn al-Ḥimyarī, qui mit ʿAmr en garde contre ce projet, sans toutefois être écouté.
Dhū Ruʿayn rédigea alors un billet contenant ces deux vers :
« Nul ne voudrait troquer son sommeil contre l’insomnie…
Heureux qui passe ses nuits l’œil serein !
Si vraiment Ḥimyar trahit et se montre infidèle,
Puissent les excuses de Dieu absoudre Dhū Ruʿayn ! »
Il confia ce billet à ʿAmr. Lorsqu’ʿAmr eut tué son frère Ḥassān et regagna le Yémen, il se retrouva privé de sommeil et en proie à l’insomnie. Il s’en remit alors aux médecins et aux augures parmi les devins, pour connaître la cause de son mal. On lui répondit : « Par Dieu, jamais un homme n’a tué son frère sans… »