Il continuait à nourrir ses habitants… de la chair des méharis et des jazouz (1). Il leur faisait boire le miel filtré et l’eau de cuisson de l’orge (2). Et l’Éléphant anéantit son armée : on les lapidait de pierres. La royauté s’étendait aux confins des contrées, chez les étrangers et les Khuzayr (3). Écoute donc lorsque l’on te raconte, et comprends comment s’achèvent les affaires (4).
Ibn Isḥāq a dit : Puis Tubbaʿ partit en direction du Yémen avec les troupes qui l’accompagnaient (5), ainsi qu’avec les deux rabbins. Lorsqu’il entra au Yémen, il invita son peuple à embrasser ce qu’il avait lui-même embrassé, mais ils refusèrent jusqu’à ce qu’il soit jugé (6) par le feu qui se trouvait au Yémen.
Ibn Isḥāq a dit : Abou Mâlik ibn Thaʿlaba ibn Abî Mâlik al-Quraẓî m’a rapporté (7), disant : « J’ai entendu Ibrâhîm ibn Muḥammad ibn Ṭalḥa ibn ʿUbayd Allâh raconter (8) que, lorsque Tubbaʿ s’approcha du Yémen pour y entrer, les Ḥimyar s’interposèrent en déclarant : “Tu n’y entreras pas tant que tu auras renié notre religion.” »
Il les appela alors à suivre sa religion, affirmant : « Elle est meilleure que la vôtre. » Ils répondirent : « Allons-nous déférer (9) notre différend au feu ? » Il dit : « Oui. »
On raconte (10) qu’il y avait au Yémen, selon ce que prétendent ses habitants, un feu qui tranchait leurs différends : il consumait l’oppresseur et ne nuisait pas à l’innocent. Alors, les siens sortirent avec leurs idoles et les offrandes qu’ils offraient selon leur religion ; les deux rabbins sortirent avec leurs Écritures suspendues à leur cou, et s’installèrent auprès de l’endroit d’où surgissait le feu. Lorsqu’il jaillit vers eux, ils s’en détournèrent par crainte ; mais ceux qui étaient présents les réprimandèrent et leur ordonnèrent de faire face, et ils tinrent bon jusqu’à ce que le feu les entourât.
Le feu dévora alors les idoles et tout ce qui leur était offert, ainsi que ceux parmi les hommes de Ḥimyar qui les portaient ; quant aux deux rabbins, ils ressortirent avec leurs Écritures suspendues à leur cou, tout en sueur, sans que le feu ne leur cause le moindre dommage (11).