Mohammad ibn Ishaq rapporte dans son livre «as-Sîra» (1) que le premier à quitter le Yémen avant le Sîl al-‘Arim (la crue du barrage) fut ‘Amr ibn ‘Āmir al-Lakhmî. Lakhm est, selon la généalogie, le fils de ‘Adî ibn al-Hārith ibn Azd (2) ibn Zayd ibn Humaysi‘ ibn ‘Amr ibn ‘Arīb ibn Yashjub ibn Zayd ibn Kahlān ibn Saba. On dit aussi : Lakhm serait fils de ‘Adî ibn ‘Amr ibn Saba, comme l’a rapporté Ibn Hishām (3). Ibn Ishaq (4) déclare que la raison du départ de ‘Amr ibn ‘Āmir hors du Yémen, d’après le récit que m’en a fait Abū Zayd al-Ansārī, est qu’il vit un rat creuser le barrage de Ma’rib qui retenait l’eau et permettait de l’acheminer où ils le voulaient sur leurs terres. Il comprit alors que le barrage ne tiendrait plus dans cet état et résolut de quitter le Yémen. Il rusait avec les siens : il ordonna à son plus jeune fils de se lever contre lui et de le gifler s’il le réprimandait durement ou le frappait. Le fils obéit.
‘Amr s’exclama : « Je ne resterai pas dans un pays où le plus jeune de mes enfants a giflé mon visage. » Il mit donc ses biens en vente (9). Alors, certains notables du Yémen dirent : « Profitons de la colère de ‘Amr », et ils achetèrent sa propriété. Il partit avec ses enfants et petits-enfants. La tribu Azd déclara : « Nous ne resterons pas en arrière après ‘Amr ibn ‘Āmir. » Ils vendirent leurs biens et quittèrent le Yémen avec lui. Ils voyagèrent jusqu’à atteindre le territoire de la tribu de ‘Ukk, qu’ils traversaient pour chercher de nouveaux pays (10). ‘Ukk les combattit et le conflit fut âpre et indécis. À ce sujet, ‘Abbās ibn Mirdās chanta (11) :
« Ô ‘Ukk issus de ‘Adnān, vous qui avez osé porter la guerre à Ghassān jusqu’à les repousser partout. »
Puis, la tribu Azd laissa derrière elle la région de ‘Ukk et se dispersa dans différentes contrées (12). Les Bana Jafna ibn ‘Amr ibn ‘Āmir s’installèrent en Syrie, les Aws et les Khazraj s’établirent à Yathrib, Khuzā‘a s’établit à Marr (13), la branche Azd as-Sarāt se fixa dans la région d’as-Sarāt, tandis que l’Azd d’Oman descendit à ‘Omān. Puis Dieu – Exalté soit-Il – envoya la crue sur le barrage, le détruisit, et à ce propos, Il fit descendre ces versets (du Coran).