Plusieurs savants, tant parmi les pieux prédécesseurs (salf) que parmi les successeurs (khalf), notamment les exégètes (1) et d’autres, ont rapporté que le barrage de Ma’rib avait pour fonction de canaliser les eaux s’écoulant entre deux montagnes. Dans les temps anciens, on construisit un ouvrage très solide entre ces deux montagnes, si bien que les eaux montèrent et parvinrent à la hauteur des sommets. On y planta des vergers et de beaux arbres fruitiers, et l’on y sema d’abondantes cultures.
On raconte que le premier à avoir construit ce barrage fut Sabā’ ibn Ya‘rub, qui dirigea vers lui soixante-dix vallées, y aménagea trente ouvertures pour laisser s’écouler l’eau, puis mourut avant de l’achever. Les Himyarites le complétèrent ensuite. Son étendue atteignait un farsakh sur un farsakh, et ses habitants vécurent alors dans une très grande aisance, une vie prospère et des jours heureux. Qatāda et d’autres rapportent qu’une femme passait avec un panier sur la tête, et qu’il se remplissait des fruits qui y tombaient tant ils étaient nombreux et mûrs. Ils mentionnent aussi qu’il n’existait pas chez eux de puces ni d’animaux nuisibles, grâce à la pureté de leur air et la salubrité de leur environnement.
À ce sujet, Dieu (Très-Haut) dit : « Il y avait assurément, pour Saba’, dans le lieu où ils habitaient, un signe : deux jardins, l’un à droite et l’autre à gauche. Mangez de la subsistance que vous accorde votre Seigneur et remerciez-Le : vous avez une contrée agréable et un Seigneur Tout-Clément » (Saba’, 15). Et Il dit encore : « Et lorsque votre Seigneur proclama : “Si vous vous montrez reconnaissants, très certainement Je vous accorderai davantage ; mais si vous êtes ingrats, Mon châtiment sera terrible” » (Ibrāhīm, 7).
Lorsque ces gens se mirent à adorer autre que Dieu et à se montrer ingrats de Ses bienfaits – alors même que leurs villages étaient proches les uns des autres, agréables, dotés de beaux vergers et que les routes étaient sûres – ils demandèrent à ce que leurs voyages soient allongés et rendus difficiles, et supplièrent que le bien soit changé en mal (3). Ils imitèrent ainsi les Enfants d’Israël qui, après avoir reçu la manne et les cailles, réclamèrent des légumes, des concombres, du blé, des lentilles et des oignons. En conséquence, ils perdirent cette immense bénédiction et subirent la ruine de leurs terres et la dispersion de leurs habitants, comme Dieu (Très-Haut) l’a dit : « Mais ils s’en détournèrent. Alors Nous avons lâché sur eux la crue du ‘arim ».
D’après plusieurs avis (4), Dieu envoya sur les assises du barrage le fār – le rat – ou le khuld – la taupe. Lorsqu’ils s’en rendirent compte, ils y placèrent des chats, mais cela ne servit à rien, car lorsqu’arrive l’heure du destin, nulle précaution n’est utile. « Non ! Point de refuge ! » (Al-Qiyāma, 11). Une fois le barrage endommagé dans ses fondations, il céda et s’effondra, l’eau se déversa au fond de la vallée, les canaux et les rivières furent coupés, les fruits se tarirent, et les cultures et les arbres disparurent (5, 6). À la place de leurs beaux vergers et de leurs récoltes de qualité, ils n’eurent plus que des arbres et des fruits médiocres, comme le dit le Puissant, l’Inflexible : « Et Nous avons remplacé leurs deux jardins par deux autres jardins produisant des fruits au goût amer et des arbres de type arak et athl » – Ibn ‘Abbās, Mujāhid et d’autres ont dit qu’il s’agit là de l’arbre arak (dont les fruits piquent) et de l’athl (7), à savoir le tarfa (8). Certains ont ajouté qu’il s’agit d’un bois semblable, dépourvu de fruits : « et quelque chose de… »