Ce n’est pas comme la vie d’ici-bas, dont les fruits n’apparaissent qu’à certaines saisons et non à d’autres, où les feuilles tombent à une période de l’année et les fruits s’évanouissent à un autre moment, où les arbres se couvrent de feuillage à une époque pour se dénuder à une autre. Au contraire, les fruits et l’ombre au Paradis sont permanents et continus, aisés à cueillir et proches à récolter, comme l’indique la Parole divine : « Et qui ne (leur) sont pas défendus », c’est-à-dire qu’ils ne se dérobent pas à celui qui les désire, de la manière qu’il veut. Il n’y a ni voile ni empêchement qui s’interpose, si bien que quiconque souhaite ces fruits les trouve facilement à sa portée, même si le fruit se trouve au sommet de l’arbre ; dès que le croyant le veut, ce fruit descend vers lui, il le cueille, et il s’approche de lui en toute facilité.
Abou Ishaq rapporte d’après Al-Barâ’ à propos du verset : « Et l’on a rapproché leurs grappes » (Al-Insân, 14) que ces grappes sont si près que le croyant peut les cueillir même en étant allongé. Dieu – Exalté soit-Il – dit aussi : « Annonce à ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres qu’ils auront des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux. Chaque fois qu’ils recevront d’eux un fruit comme subsistance, ils diront : “C’est bien ce dont nous avons déjà été pourvus auparavant.” Or, on le leur a présenté sous une forme semblable ; et ils y auront des épouses purifiées et y demeureront à jamais » (Al-Baqarah, 25). Il dit encore : « Les pieux seront certes à l’ombre, ainsi qu’auprès de sources (41), et de fruits de ce qu’ils désirent (42). “Mangez et buvez agréablement pour ce que vous faisiez !” (43). Ainsi rétribuons-Nous ceux qui font le bien » (Al-Murselat, 41-44), et également : « Ils y demanderont tout fruit, en toute sécurité » (Ad-Doukhan, 55).
Il a été mentionné précédemment, dans certains hadiths déjà cités, que la terre du Paradis est faite de musc et de safran et qu’il n’y a pas un arbre au Paradis dont le tronc ne soit en or. Si le sol y est ainsi fait et que ses racines y sont d’or, que peut-on imaginer des fruits beaux, mûrs et raffinés qui en naissent, dépourvus de noyaux, dont il ne reste dans la vie d’ici-bas que le nom ? Si le jujubier (sidr) que nous connaissons en ce monde – ne donnant qu’un petit fruit appelé nabq et couvert de nombreuses épines – et l’acacia (talh), recherché ici-bas seulement pour son ombrage, deviennent au Paradis d’une abondance et d’une beauté de fruits telles qu’une seule de leurs grappes peut contenir soixante-dix variétés de saveurs et de couleurs différentes, alors à quoi faut-il s’attendre pour les arbres déjà savoureux et agréables en ce bas monde : pommiers, abricotiers, pêchers, palmiers, vignes, et autres ? Sans parler encore des sortes innombrables de fleurs et de plantes aromatiques ! En somme, le Paradis recèle ce qu’aucun œil n’a vu, qu’aucune oreille n’a entendu et qui n’a jamais effleuré le cœur d’un être humain. Puissions-nous demander à Dieu Sa grâce.
Dans les deux Sahîh (Al-Boukhârî et Mouslim), selon le hadith rapporté de Mâlik, d’après Zayd ibn Aslam, d’après ‘Atâ’ ibn Yassâr, d’après Ibn ‘Abbâs – au sujet de la prière de l’éclipse –, on raconte qu’on dit au Prophète (que Dieu le couvre de bénédiction et de paix) : « Ô Messager de Dieu, nous t’avons vu saisir quelque chose pendant ta prière, puis nous t’avons vu reculer. » Il répondit : « J’ai vu – ou on m’a montré – le Paradis et j’ai voulu en cueillir une grappe. Si je l’avais prise, vous en auriez mangé aussi longtemps que durerait ce monde. » Dans le Mousnad, d’après un hadith transmis par ‘Abd Allâh ibn Mouhammad ibn ‘Aqîl, d’après Jâbir, le Prophète dit : « Il m’a été présenté (...) »