Elles coulent toutes deux. Ils se dirigent alors vers l’une d’elles, comme s’ils y avaient été conviés, puis ils en boivent. Cela fait disparaître de leur estomac toute impureté ou nuisance, toute affliction ou rancune. Ensuite, ils se dirigent vers l’autre et s’y purifient ; c’est alors que s’installe sur eux l’éclat de la félicité. Dès lors, leur chevelure ne changera plus, pas plus que leur peau, et leurs têtes ne seront plus jamais ébouriffées, comme si elles avaient été enduites d’huile. Puis ils arrivent au Paradis, et l’on dit : « Paix sur vous ! Vous avez fait le bien, entrez-y pour y demeurer à jamais » (Coran 39 : 73).
Puis les jeunes garçons les accueillent et tournent autour d’eux, comme ceux du monde d’ici-bas entourent l’ami cher à son arrivée. Ils leur disent : « Réjouissez-vous de l’honneur que Dieu vous a préparé ! » Ensuite, l’un de ces jeunes garçons va trouver l’une de ses épouses parmi les houris aux yeux immenses et lui dit : « Un tel est arrivé, l’appelant par son nom d’ici-bas. » Elle répond : « L’as-tu vu toi-même ? » Il rétorque : « Oui, je l’ai vu, et il me suit de près. » L’une d’elles est alors si transportée de joie qu’elle se dresse sur le seuil de sa porte. Lorsqu’il parvient à sa demeure, il regarde les fondations de son édifice et découvre un socle en perles, avec au-dessus une bâtisse rouge, verte, jaune, de toutes les couleurs. Puis il lève la tête et voit que son plafond est pareil à un éclair. Sans la volonté divine préservant sa vue, il aurait failli en perdre la vision. Il abaisse alors son regard et aperçoit ses épouses : « Et des coupes disposées (14), des coussins rangés (15), et des tapis étendus » (Coran 88 : 14-16).
Ensuite, ils s’installent et disent : « Louange à Dieu, qui nous a guidés ici ! Nous n’aurions pas pu être guidés sans que Dieu nous ait guidés. Les messagers de notre Seigneur étaient vraiment venus avec la vérité ! » Puis on leur proclame : « Voilà le Paradis qui vous est donné en héritage pour ce que vous faisiez » (Coran 7 : 43). Alors un héraut lance : « Vous vivrez sans jamais mourir ! Vous demeurerez sans jamais partir ! Vous serez en bonne santé sans jamais tomber malades ! » (1)
Ce récit implique donc que la transformation de la forme humaine – telle qu’elle était dans le monde d’ici-bas – vers une taille de soixante coudées et une largeur de sept coudées, comme le décrit le hadith pour tous ceux qui entrent au Paradis, petits ou grands, vient se réaliser au niveau de ces deux sources : ils se lavent dans l’une, qui leur confère l’éclat de la félicité, puis ils boivent de l’autre, qui purifie leurs entrailles de toute nuisance. Ils retrouvent ainsi une taille et une stature renouvelées, voient tout mal disparaître, et s’établit sur eux l’onction de la félicité, après qu’ils ont bu et s’être lavés. Cela est plus adapté et plus correct que ce qu’on rapporte d’après un hadith mentionné plus haut – selon lequel ladite transformation surviendrait sur l’esplanade du Jugement –, qui est de chaîne de transmission faible. Et il est plus éloigné encore de l’avis de ceux qui prétendent que cela se produirait au moment de la sortie des tombes, car cet avis est en contradiction avec d’autres preuves allant à l’encontre de cette hypothèse. Dieu est plus savant.
Abd Allah ibn al-Mubârak a dit : « Suleymân ibn al-Mughîra nous a rapporté, d’après Humayd ibn Hilâl, que l’on nous a rapporté ceci : lorsque l’homme entre au Paradis, il est façonné à l’image des gens du Paradis, il reçoit leurs vêtements et leurs ornements. On lui montre alors ses épouses et ses serviteurs, et il est saisi d’une vague de joie (2) telle que, s’il avait été possible de mourir encore, il serait mort de félicité. Puis on lui dit : “Vois-tu cette vague de bonheur qui t’envahit ? Elle persistera pour toi à jamais.” » Ibn al-Mubârak a dit : « Rishdîn ibn Sa‘d nous a rapporté, d’après Zuhra ibn Ma‘bad al-Qurashî, d’après Abû ‘Abd al-Rahmân… »