Les hadiths sont, comme tu l’as constaté, en accord avec ce qui apparaît clairement dans le Noble Coran : « Ceux dont la balance sera lourde… et ceux dont la balance sera légère » (al-Aʿrāf, 8-9). Cela implique nécessairement quelque chose de concret et de tangible.
L’imam al-Qurtubī a dit : « La Balance est une réalité (ḥaqq), mais elle ne concerne pas tous les individus, comme le prouve la parole du Très-Haut : “On reconnaîtra les criminels à leurs traits ; ils seront saisis par le toupet et les pieds” (ar-Raḥmān, 41). » Et selon la parole du Prophète (ﷺ) : « Alors Allah dira : “Ô Muhammad ! Fais entrer, par la porte de droite, ceux de ta communauté qui n’ont aucun compte à rendre. Ils partageront ensuite avec les autres gens ce qui concerne les autres portes.” » (1)
On dit : les informations se sont transmises de façon concordante (tawātur) au sujet des soixante-dix mille personnes qui entreront au Paradis sans jugement. Il en découlerait donc que leurs actes ne seraient pas pesés, ce qui mérite réflexion. Dieu est le plus Savant. Les actes des bienheureux peuvent être pesés, même s’ils sont déjà en leur faveur, afin de manifester leur honneur et leur valeur publique, de souligner leur félicité et leur salut, même si eux-mêmes ne sont pas soumis au jugement.
Quant aux mécréants, leurs actes aussi sont pesés, même s’ils ne possèdent aucune bonne action susceptible de les aider face à leur mécréance. Quand bien même leurs bonnes œuvres atteindraient un haut degré, elles ne contrebalanceraient jamais leur mécréance : elles ne leur sont d’aucune utilité. Elles sont alors pesées pour mettre en évidence leur malheur et leur humiliation devant tout le monde.
Il est parvenu dans un hadith : « En vérité, Allah ne lèse personne en ce qui concerne les bonnes actions ; quant au mécréant, Allah le rétribue pour ses bonnes œuvres dans ce monde, jusqu’à ce qu’il Le rencontre (au Jour du Jugement), et il ne lui reste aucune bonne action susceptible de lui valoir une récompense. » (2)
Al-Qurtubī a mentionné dans son “Tadhkira” que le mécréant peut se présenter au Jour de la Résurrection avec une aumône, un acte de maintien des liens de parenté ou un affranchissement d’esclave, et Allah allégerait alors son châtiment grâce à cela. Il s’est appuyé sur la situation d’Abū Ṭālib, pour qui Allah a décrété un “bain” de feu effleurant ses chevilles, où son cerveau bout (3). À ce sujet, il y a matière à discussion : cela peut être un cas particulier dû à la protection et au soutien qu’il a apportés au Prophète (ﷺ), ou bien le résultat d’une intercession ayant abouti à cet allégement. De la même manière, Abū Lahab reçoit un peu d’eau dans le creux de son pouce à cause de son affranchissement de Thuwayba, qui avait allaité le Prophète (ﷺ) (4).
Al-Qurtubī a justifié son propos par le caractère général de la parole du Très-Haut : « Nous placerons les balances équitables pour le Jour de la Résurrection et aucune âme ne sera lésée en rien ; fût-ce le poids d’un grain de moutarde, Nous le ferons venir, et Nous suffisons comme comptables » (al-Anbiyāʾ, 47). »
Et je dis : au final, ce verset a un sens général qui peut être restreint (takhsīs) en ce qui concerne les mécréants. Le Messager d’Allah (ﷺ) fut en effet interrogé au sujet d’Abd Allāh ibn Judʿān. On lui rappela qu’il offrait l’hospitalité à l’invité, nourrissait l’affamé, entretenait les liens de parenté et affranchissait (des esclaves). On demanda s’il en tirerait profit. Il répondit : « Non, car il n’a jamais prononcé un seul jour de sa vie : “Il n’y a de dieu qu’Allah.” »