Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

En ce qui concerne les horreurs du Jour de la Résurrection auxquelles ils feront face, on dit souvent : « Cette chose paraît n’être qu’un repos comparée à telle autre. » Même si la première renferme d’immenses difficultés et effrois, face à ce qui est encore plus éprouvant, plus pénible et plus amer, elle semble n’être qu’une forme de repos. Dans le Coran, on trouve en effet une indication à ce sujet lorsque Dieu dit : « Puis, quand surviendra la Déferlante suprême (34) » [An-Nâzi‘ât]. On rapporte alors qu’il se mettait à pleurer jusqu’à tremper sa barbe (1).

Al-Walîd ibn Muslim a dit : « ʿAbd Allâh ibn al-ʿAlâʾ m’a rapporté, de la part de Busr ibn ʿUbayd Allâh al-Ḥaḍramî, lequel a dit : “J’ai entendu Abû Idrîs al-Khawlânî dire : Au temps de la Jâhiliyyah (l’ère préislamique), les gens se rassemblèrent auprès d’un ascète (sâʾiḥ) entre l’Irak et la Syrie. Il se leva et leur dit : ‘Ô gens, vous allez mourir, puis on vous ressuscitera pour le jugement et la rétribution.’ Alors un homme intervint et déclara : ‘Par Dieu, j’ai vu un homme dont Dieu ne pourra jamais ressusciter le corps. Je l’ai vu tomber de sa monture lors d’une cérémonie arabe ; il fut alors piétiné par les chameaux sous leurs sabots, par les montures sous leurs fers et par les gens à pied sous leurs pas, jusqu’à ce qu’il soit réduit en charpie, au point qu’il ne restait pas même une seule phalange de lui.’

L’ascète s’adressa alors à lui et lui dit : ‘Tu viens d’un peuple à l’esprit borné, à la certitude fragile et au savoir limité. Même si la hyène passait la nuit près de ce cadavre et le dévorait, puis le déféquait, puis qu’un autre carnassier (nâb) revînt au matin pour le manger à nouveau et le rejeter ensuite sous forme d’excréments, qu’un autre animal encore le ramassât, l’utilisât pour alimenter le feu sous la marmite de sa famille, avant que la poussière en fût dispersée aux quatre vents, le Jour de la Résurrection, par l’ordre de Dieu, tout ce qui aurait pris une partie de ce cadavre se verrait ordonné de la restituer, et chacun la rendrait ; puis Dieu ressusciterait cet homme pour le Jugement et la rétribution (5).’

Al-Walîd ibn Muslim a dit encore : ‘ʿAbd ar-Raḥmân ibn Yazîd ibn Jâbir m’a rapporté qu’un cheikh dur de l’époque préislamique (Jâhiliyyah) avait dit au Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) : “Ô Muḥammad, on m’a rapporté que tu affirmes trois choses, auxquelles un homme sensé ne saurait croire : tu dis que les Arabes délaisseront ce qu’elles adoraient, elles et leurs pères ; que nous triompherons des trésors de Kisrâ et de César ; et que nous serons ressuscités après que nos corps auront été réduits en poussière.”’

Le Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) répondit : “Oui, par Celui qui tient mon âme en Sa main, les Arabes délaisseront assurément les idoles qu’elles adoraient, elles et leurs pères ; vous vous emparerez des trésors de Kisrâ et de César ; vous mourrez, puis vous serez ressuscités ; et ce jour-là, je prendrai ta main, au Jour de la Résurrection, pour te rappeler tes propres paroles.” L’homme répliqua : “Alors ne me considère pas comme égaré parmi les morts, et ne m’oublie pas !” Le Prophète (paix sur lui) dit : “Je ne te tiendrai pas pour égaré à propos des morts, et je ne t’oublierai pas.”

Cet homme vécut ainsi jusqu’au décès du Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Il vit de ses propres yeux la victoire des musulmans sur les trésors de Kisrâ et de César. Il embrassa l’islam et sa conversion fut bonne. Il arrivait souvent à ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb (que Dieu l’agrée) de l’entendre gémir et pleurer dans la mosquée du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui), en se rappelant la gravité de ses propos devant le Prophète (paix sur lui). ʿUmar se rendait alors auprès de lui pour le calmer et lui dire : “Tu t’es certes converti, et le Messager de Dieu (paix sur lui) t’a promis de te prendre par la main. Or il ne prend la main de personne, sans que celui-ci ne réussisse et ne soit comblé, si Dieu le veut (6).”

(1) Rapporté par Abū Bakr ibn Abī Dunyā dans "al-Ahwāl" (88). (2) C’est-à-dire que cela lui est arrivé durant la nuit. (3) Cela signifie qu’il l’a expulsée comme matière fécale après digestion. (4) La chamelle âgée dont les crocs sont longs. (5) "al-Ahwāl" (92). (6) "al-Ahwāl" (91) et le hadith est mursal.
إلى ما يستقبلون من أهوال يوم القيامة، كما يقال: هذا الشيء عند هذا الشيء رقادًا، وإن كان في الأول شدائد وأهوال، لكنَّه بالنسبة إلى ما هو أشد منه وأدهى وأمرُّ كأنه رقاد، وإن في القرآن لَدلِيلًا على ذلك، حين يقول: ﴿فَإِذَا جَاءَتِ الطَّامَّةُ الْكُبْرَى (٣٤) ﴾ [النازعات] قال: ثم يَبْكي حتى يَبلّ لِحْيَتَه (١) . وقال الوليد بن مسلم: حدثني عبد اللَّه بن العلاء، حدثني بُسر بن عُبيد اللَّه الحَضْرمي: سمعت أبا إدريس الْخَولَانِيَّ يقول: اجتمع الناسُ إلى سائع بينَ العراق والشام في الجاهِليَّة، فقام فيهم، فقال: أيُّها الناسُ، إنكم مَيّتون ثم مَبْعوثون إلى الإدانة والحساب، فقام رجل، فقال: واللَّه لقد رأيتُ رجُلًا لا يَبْعَثُه اللَّهُ أبدًا، رأيته وقع عن راحِلَتِه في مَوْسمٍ من مواسم العرب، فَوطِئَتْهُ الإِبلُ بأَخْفَافها، والدَّوابُّ بحوَافرِها، والرجّالَةُ بأرْجُلِها، حتى رمَّ فلم يبق منه أُنْمُلَةٌ، فقال السائح: بَيْد أنّك من قوم سَخِيفةٍ أحلامُهم، ضعيفٍ يقينُهم، قليلٍ عِلْمُهُمْ، لو أَنَّ الضَّبُعَ بَيَّتت (٢) تلك الرِّمةَ فأكلتها، ثم ثلطتْهَا (٣) ثم غدت عليه الناب (٤) فأكَلَتْهُ وَبَعَرَتْهُ، ثم غدت عليه الجَلَّالَةُ فالْتَقَطته، ثم أَوقَدَتْه تَحْتَ قِدْرِ أَهْلِهَا، ثم نَسَفَتِ الرِّياحُ رَمَادَهُ، لأَمرَ اللَّهُ يَوْمَ القِيَامَةِ كُلَّ شَيْءٍ أَخَذَ مِنْهُ شَيْئًا أَنْ يَرُدَّهُ فَردَّهُ، ثم بعثه اللَّه للإدانة والثواب (٥) . وقال الوليد بن مسلم: حدثني عبد الرحمن بن يزيد بن جابر؛ أن شيخًا من شيوخ الجاهلية القُسَاةِ قال: يا محمد، ثَلَاثٌ بَلَغني أَنَّكَ تَقُولُهُنّ، لا يَنْبغي لذي عَقل أنْ يُصَدِّقك فِيهنَّ؛ بلغني أنك تقولُ: إن العربَ تاركةٌ ما كانت تَعْبُدُ هي وآباؤها، وإنا سنظهر على كُنوز كِسْرَى وقَيْصَرَ، وإنَّا سَنُبْعَثُ بَعْدَ أَنْ نَرِمَّ، فقال رسول اللَّه ﷺ : "أَجْل، والذي نَفْسي بيده، لَتَترُكَنَّ العرَبُ ما كانت تَعْبُد هي وآباؤُهَا، وَلتَظهَرنّ على كُنُوزِ كِسْرَى وَقَيْصَر، وَلتَمُوتَن ثم لتُبْعثَن، ثُمّ لآخُذن بِيَدِكَ يَوْمَ القِيَامة فلأذَكِّرَنَّكَ مَقَالَتكَ هَذِه" قال: وَلا تَضِلَّنِي في الْمَوتَى، وَلَا تَنْسَانِي؟ قال: "ولا أَضِلُّكَ في الْمَوتَى، ولا أَنْساكَ" قال: فبقي ذلك الشيخُ حتى قُبِضَ رسولُ اللَّه ﷺ ، ورأى ظهور المسلمين على كنوز كِسْرى وقَيْصر، فأسْلم، وحَسُن إسلامُه، وكان كثيرًا ما يسمع عُمَرُ بنُ الخَطَّاب (رضي الله عنه) نحيبه وبكاءه في مسجدِ رسول اللَّه ﷺ ، لإعظامه ما كان واجهَ به رسول اللَّه ﷺ ، وكان عُمر يأتيه، وَيُسَكِّن منه، ويقول له: قد أسلمتَ، ووعدكَ رسول اللَّه ﷺ أن يأخذ بيدك، ولا يأخذ رسول اللَّه ﷺ بيد أحدٍ إلا أفْلَح وسعد إن شاءَ اللَّهُ (٦) .
(١) رواه أبو بكر بن أبي الدنيا في "الأهوال" (٨٨). (٢) أي أتت عليها ليلا. (٣) أي أخرجتها غائطًا بعد هضمها. (٤) الناقة الهرمة التي طال نابها. (٥) "الأهوال" (٩٢). (٦) "الأهوال" (٩١) وهو مرسل.

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