On raconte qu’un enfant leur naîtra, borgne, le plus nuisible qui soit et le moins utile, dont les yeux s’endorment alors que son cœur ne dort pas. Puis il (le Prophète) décrivit ses parents en disant : « Son père est un homme grand, au corps charnu, au long nez, comme si son nez était un bec, et sa mère est une femme “firdakhiyya” (1), à la poitrine volumineuse. » Il dit : « Il nous parvint alors qu’un enfant était né parmi les Juifs de Médine. Je suis donc parti, accompagné d’az-Zubayr ibn al-‘Awwâm, jusqu’à ce que nous entrions auprès de ses parents et nous les avons trouvés conformes à la description du Messager d’Allah (ﷺ). Nous vîmes l’enfant étendu au soleil sur un manteau (qatîfa), émettant un gémissement. Nous interrogeâmes ses parents, qui répondirent : “Nous sommes restés trente ans sans avoir d’enfant, puis voici qu’un enfant borgne nous est né, le plus nuisible et le moins utile.” Lorsque nous sommes sortis, nous sommes passés près de lui. Il nous a dit : ‘De quoi parliez-vous ?’ Nous avons demandé : ‘Tu as entendu ?’ Il a dit : ‘Oui, car mes yeux s’endorment, mais mon cœur ne dort pas.’ Il s’agissait de Ibn Sayyâd. At-Tirmidhî rapporte cela d’après Hammâd ibn Salama, et il juge le hadith ‘bon’ (hasan) (2). »
J’ai dit pour ma part : « Au contraire, il est très contestable (3). Et Allah est plus savant. »
Ibn Sayyâd était juif, originaire de Médine ; certains ont dit qu’il était des Anṣâr. Son nom est ‘Abd Allah, ou encore Ṣâf. Les deux formes ont été transmises. Il se peut que Ṣâf fût son nom d’origine, puis qu’il ait adopté le nom de ‘Abd Allah après s’être converti à l’islam. Son fils, ‘Umâra ibn ‘Abd Allah, fut l’un des notables de la génération suivante (tâbi‘în) ; Mâlik et d’autres ont rapporté de lui. Nous avons déjà mentionné que, selon l’avis correct, le faux Messie (Dajjâl) est quelqu’un d’autre que Ibn Sayyâd, et que ce dernier ne fut qu’un trompeur (dajjâl) parmi d’autres, avant de se repentir, de se déclarer musulman. Allah seul connaît son for intérieur et ses intentions véritables (4).
Quant au Dajjâl majeur, il est celui mentionné dans le hadith de Fâṭima bint Qays, qu’elle transmet du Messager d’Allah (ﷺ), d’après Tammîm ad-Dârî, dans le récit de la Jassâsa. Il recevra alors la permission de sortir à la fin des temps, après que les musulmans auront conquis la cité des Romains appelée Constantinople. Il débutera son apparition à Ispahan, dans un quartier appelé al-Yahûdiyya (le quartier juif). Soixante-dix mille Juifs de cette ville le soutiendront, armés de leurs armes et de leurs ‘sîjân’, c’est-à-dire des manteaux verts. De même, soixante-dix mille Tatars le soutiendront, ainsi qu’une multitude de gens originaires du Khurâsân et des habitants des campagnes. Il se présentera d’abord comme un roi tyrannique, puis prétendra être prophète, avant de se proclamer divin, et il sera suivi par les ignorants de l’humanité, la populace et les gens de peu. Ceux qu’Allah a guidés, parmi Ses serviteurs pieux et le Parti d’Allah (al-muttaqîn), le désavoueront et le contrediront. Puis il avancera en prenant possession des territoires, conquérant pays après pays, forteresse après forteresse, province après province et district après district, sans qu’aucun lieu ne lui échappe, sauf La Mecque et Médine. Il séjournera sur terre quarante jours : un jour comme une année, un jour comme un mois, un autre comme une semaine, et le reste de ses jours sera semblable aux jours ordinaires des gens, ce qui en tout équivaut à environ une année, un mois et demi. Allah fera apparaître par ses mains beaucoup de prodiges, par lesquels Il égarera qui Il veut parmi Ses créatures, alors que les croyants resteront fermes (5).