Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), au cours de la maladie qui précéda sa mort, avait résolu d’écrire un document officialisant la succession d’Abou Bakr As-Siddîq après lui, puis il y renonça en disant : « Dieu et les croyants ne veulent rien d’autre qu’Abou Bakr. » (1) Il s’abstint donc de désigner formellement Abou Bakr, car sa haute dignité et son immense valeur étaient clairement reconnues par les Compagnons. Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) savait en effet qu’ils ne lui préféreraient personne d’autre après lui. Les faits se déroulèrent effectivement ainsi. C’est pourquoi ce hadith est cité parmi les preuves de la prophétie, comme nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises dans divers passages de ce livre.
La situation dont il est ici question relève du même principe : certaines choses sont parfois si manifestes qu’il n’est pas nécessaire de les préciser explicitement, car elles sont plus évidentes et plus claires que toute explication supplémentaire. Or, l’imposture du Dajjâl est flagrante, et il est clairement dépourvu de qualité au regard de la seigneurie à laquelle il prétend. Dès lors, Dieu n’a pas jugé utile d’en faire mention ni d’enjoindre explicitement de le rejeter, sachant que Ses serviteurs croyants ne seront pas trompés par un tel être et qu’il ne fera que fortifier leur foi, leur soumission à Dieu et à Son Messager, ainsi que leur adhésion à la vérité et leur rejet de l’erreur.
C’est pour cette raison que le croyant qui sera livré au Dajjâl, puis tué et ressuscité par lui, s’adressera à cet imposteur en disant : « Par Dieu ! Mon discernement à ton égard ne fait que se renforcer : tu es bien l’Aveugle Trompeur dont nous a parlé le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). » Il n’est pas nécessaire de supposer qu’il ait entendu parler du Dajjâl directement de la bouche du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue).
Ibrâhîm ibn Muhammad ibn Sufyân, le juriste transmetteur du recueil authentique de Muslim, a compris ces propos dans leur sens littéral et a rapporté, d’après certains, que ce croyant serait Al-Khadir (que Dieu l’agrée) (2). Al-Qâdî ‘Iyâd a également attribué cette opinion à Ma‘mar dans son « Jâmi’ » (3).
L’imam Ahmad rapporte, dans son « Musnad », tout comme Abou Dâwoud dans ses « Sunan » et At-Tirmidhî dans son « Jâmi’ », selon leur chaîne de transmission remontant à Abou ‘Ubaydah, que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : « Peut-être que celui qui m’a vu et entendu mes paroles le rejoindra. » Certains appuient leur opinion sur ce récit, mais son isnâd est marqué d’étrangeté (4). Il se peut d’ailleurs que cette parole ait été prononcée avant que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) ne voie son enseignement au sujet du Dajjâl s’éclaircir ultérieurement. Dieu est plus savant.
Nous avons mentionné, dans le récit relatif à Al-Khadir, les débats sur la question de sa vie et avons établi sa disparition au moyen de preuves déjà exposées là-bas. Celui qui souhaite s’y pencher de plus près peut les consulter dans la section consacrée aux récits des Prophètes dans cet ouvrage. Dieu est le plus savant en toute chose.
Mention de ce qui préserve du Dajjâl :
Parmi ces moyens figure la demande de protection contre sa tentation, car il est rapporté dans plusieurs hadiths authentiques et sous différentes chaînes de transmission que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue)