Leur bétail et eux-mêmes se nourrissent de lui, puis leurs troupeaux leur reviennent gras et riches en lait. Quant à celui qui ne lui obéit pas et qui rejette son ordre, la sécheresse, la disette, la famine, la soif, la mort des troupeaux, ainsi que la diminution des biens, des personnes et des récoltes l’atteignent. Il est dit encore que les trésors de la terre le suivront comme des essaims d’abeilles, qu’il tuera ce jeune homme puis le ressuscitera. Tout cela n’est pas un simple tour de magie, mais une réalité par laquelle Dieu éprouvera Ses serviteurs en ce temps-là : beaucoup s’égareront par son intermédiaire, tandis que beaucoup d’autres seront guidés. Les sceptiques rejetteront la foi, tandis que ceux qui croient verront leur foi s’accroître.
Le juge ‘Iyâḍ et d’autres ont expliqué dans ce sens la parole du hadith : « Il est plus insignifiant aux yeux de Dieu que cela », c’est-à-dire qu’il est trop faible pour disposer de quoi égarer les serviteurs croyants de Dieu. Cela tient au fait qu’il est déficient, qu’il affiche clairement ses défauts, son immoralité et son injustice, même s’il s’accompagne de phénomènes extraordinaires. Entre ses deux yeux est inscrit en toutes lettres « kâfir » (mécréant). Le Législateur (ﷺ) l’a confirmé en épelant : ك ف ر, ce qui prouve qu’il s’agit d’une inscription concrète et non d’un sens uniquement symbolique. Il n’a qu’un seul œil, borgne, saillant et repoussant.
C’est le sens de ces paroles : « On dirait un raisin flottant », autrement dit, comme s’il était à la surface de l’eau. Certains transmettent le terme « ṭāfiʾa » (طافئة), signifiant qu’aucune lumière n’en émane. Dans un autre hadith, on trouve : « On dirait une salive sur un mur enduit de plâtre », c’est-à-dire d’un aspect particulièrement hideux.
Dans certains hadiths, il est rapporté que son œil droit est borgne, et dans d’autres, que c’est le gauche. Soit l’une des deux versions n’a pas été correctement transmise, soit le défaut touche les deux yeux, le mot ‘awra (عور) pouvant désigner un manque ou une infirmité. Cette explication est appuyée par un récit rapporté par at-Tabarânî : « Muhammad ibn Muhammad ibn at-Tammâr et Abû Khalîfa nous ont transmis… Abû l-Walîd nous a relaté… Zâ’idah nous a relaté… Simâk, d’après ‘Ikrimah, d’après Ibn ‘Abbâs, qui a dit : le Messager de Dieu (ﷺ) a déclaré : “Le Dajjâl a les cheveux bouclés et clairs, comme si sa tête était un rameau d’arbre ; son œil gauche est effacé, tandis que l’autre ressemble à un raisin flottant…” » (1). Sufyân ath-Thawrî l’a également rapporté, de Simâk, avec un sens proche.
Cependant, dans un hadith antérieur, on trouve : « Son autre œil brille comme une étoile flamboyante ». On peut donc penser que l’une des deux versions comporte une erreur. Il se peut aussi que l’un de ses yeux soit intrinsèquement borgne, tandis que l’autre le soit d’une autre manière, ou qu’il souffre d’un même défaut dans les deux yeux. Dieu (– glorifié et exalté soit-Il –) sait mieux la vérité.
Quelqu’un posa la question : « Pourquoi le Coran ne mentionne-t-il pas explicitement le Dajjâl, malgré la gravité de son mal, de sa dépravation, l’étendue de son influence et sa prétention à la divinité, mensonge manifeste que tous les prophètes ont dénoncé ? » La réponse se décline en plusieurs points. Premièrement, il y a allusion à ce propos dans la Parole de Dieu : « Le jour où certains Signes de ton Seigneur paraîtront, la foi d’une personne ne lui servira plus à rien si elle n’avait pas cru auparavant ou n’avait acquis aucun bien dans sa foi… » (Les Bestiaux, 6 :158). Abû ‘Îsâ at-Tirmidhî déclara, lors de son commentaire de ce verset : « ‘Abd ibn Humayd nous a rapporté… Ya‘lâ ibn ‘Ubayd… Fudayl ibn Ghazwân… Abû Hâzim… Abû Hurayrah… » etc.