«Nous avons cru au Seigneur du garçon, nous avons cru au Seigneur du garçon.»
On alla dire au roi : «Vois-tu ce que tu redoutais ? Par Dieu, cela t’est tombé dessus : les gens ont tous cru.» Il ordonna alors que l’on creuse des tranchées à l’entrée des chemins, qu’on y allume des feux et dit : «Que celui qui revient de sa religion soit épargné, sinon, jetez-le dedans.» On rapporte que les gens s’y précipitèrent et s’y jetèrent les uns après les autres. Une femme vint portant son enfant qu’elle allaitait ; elle hésita à se jeter dans le feu, alors l’enfant s’exclama : «Patiente, ô ma mère, car tu es dans la vérité.»
C’est ainsi que ce récit est rapporté par l’imam Ahmad. Il est également transmis par Muslim (2) et an-Nasâ’î (3) d’après le hadith de Hammâd ibn Salama. An-Nasâ’î et Hammâd ibn Zayd, tous deux d’après Thâbit, y ajoutent quelques détails. At-Tirmidhî (4) le rapporte aussi par la chaîne de ‘Abd ar-Razzâq, d’après Ma‘mar, d’après Thâbit, dans un sens analogue, en présentant la version avec plus de soin, comme nous l’avons expliqué en détail dans le «Tafsîr» (5).
Muhammad ibn Isḥâq a également rapporté cette histoire sous une autre forme (6). Il raconta : «Yazîd ibn Ziyâd m’a informé de la part de Muhammad ibn Ka‘b, et d’autres personnes de Najrân, originaires de ce pays, m’ont également raconté que les habitants de Najrân étaient polythéistes et adoraient des idoles. Dans un village proche de Najrân — laquelle est la plus grande localité réunissant les habitants de cette région — se trouvait un sorcier qui enseignait la sorcellerie aux jeunes gens de Najrân. Quand Faymiyûn (7) s’y installa — ils ne me l’ont pas nommé ainsi, contrairement à Ibn Munabbih — ils dirent : “Un homme est arrivé, il a dressé sa tente entre Najrân et le village où se trouve le sorcier.” Alors les habitants de Najrân envoyèrent leurs garçons auprès de ce sorcier afin qu’il leur apprenne la magie (8).
Ath-Thâmir envoya donc son fils ‘Abd Allâh avec ceux de Najrân. Lorsqu’il passait près de la tente de cet homme, il admirait sa façon de prier et de se vouer à Dieu. Il s’asseyait auprès de lui pour l’écouter, jusqu’à embrasser l’islam, reconnaissant l’Unicité de Dieu et L’adorant. Il l’interrogea ensuite sur les lois de l’islam ; lorsqu’il en eut acquis la compréhension, il lui demanda de lui enseigner le Nom Suprême que cet homme connaissait. Mais ce dernier le lui cacha en disant : “Ô mon neveu, tu ne pourras pas le porter, je crains que tu n’en sois trop faible.” Quant à ath-Thâmir, le père de ‘Abd Allâh (9), il s’imaginait toujours que son fils (10) allait chez le sorcier, comme le faisaient les autres jeunes gens. Lorsqu’il vit que son maître refusait de lui révéler ce Nom, craignant pour lui, ‘Abd Allâh prit des flèches (qidaḥ) et les rassembla, puis il n’y laissa aucun Nom de Dieu qu’il connaissait sans l’inscrire sur l’une de ces flèches.»