Il s’assit sur la chaire en riant, puis dit :
« Que chacun reste à sa place de prière. »
Ensuite, il poursuivit : « Savez-vous pourquoi je vous ai rassemblés ? »
Ils répondirent : « Dieu et Son Messager savent mieux que nous. »
Il dit : « En vérité, je ne vous ai pas réunis par désir ni par crainte, mais je vous ai rassemblés parce que Tamîm ad-Dârî, qui était un homme chrétien, est venu, a prêté allégeance, s’est converti à l’Islam et m’a rapporté un récit qui confirme ce dont je vous avais déjà parlé au sujet du Faux Messie (al-Masîh ad-Dajjâl).
Il m’a raconté qu’il avait embarqué dans un navire en compagnie de trente hommes des tribus de Lakhm et de Judhâm. Les vagues les ont ballottés sur la mer durant un mois, puis ils ont finalement accosté(1) sur une île située dans la direction du couchant. Ils amarrèrent leur embarcation et, après être entrés dans l’île, ils rencontrèrent une bête couverte d’un pelage si fourni qu’on ne pouvait distinguer son avant de son arrière.
Ils lui dirent : « Malheur à toi ! Qui es-tu ? »
Elle répondit : « Je suis al-Jassâsa. »
Ils demandèrent : « Qu’est-ce qu’al-Jassâsa ? »
Elle leur dit : « Ô gens, allez voir cet homme dans le monastère, car il est avide de connaître de vos nouvelles. »
Le narrateur poursuit : « Lorsqu’elle nous nomma un homme, nous prîmes peur qu’il ne s’agît d’un démon. Nous nous dépêchâmes donc jusqu’à ce que nous entrions dans le monastère. Là, nous trouvâmes l’être le plus imposant que nous ayons jamais vu et le plus solidement enchaîné. Ses mains étaient liées à son cou et un anneau de fer le maintenait depuis ses genoux jusqu’à ses chevilles.
Nous lui dîmes : “Malheur à toi, qui es-tu ?” Il répondit : “Vous avez réussi à obtenir des informations à mon sujet. Informez-moi donc : qui êtes-vous ?”
Ils dirent : “Nous sommes des gens venus d’Arabie. Nous naviguions à bord d’un navire quand la mer s’est mise à s’agiter(2). Les vagues nous ont ballottés durant un mois. Ensuite, nous avons accosté(3) sur ton île, et nous nous y sommes installés. En entrant, nous avons rencontré une bête couverte d’un pelage si épais que nous ne pouvions distinguer son avant de son arrière. Nous lui avons demandé : ‘Malheur à toi ! Qui es-tu ?’ Elle nous a répondu : ‘Je suis al-Jassâsa.’ Nous avons demandé : ‘Qu’est-ce qu’al-Jassâsa ?’ Elle a dit : ‘Allez voir cet homme dans le monastère, car il a grand désir de connaître de vos nouvelles.’ Nous voilà donc auprès de toi en toute hâte et, la craignant, nous ne pouvions être sûrs qu’elle ne fût pas un démon.”
Il dit alors : “Informez-moi au sujet des palmiers de Bayçân.” Ils demandèrent : “Que veux-tu savoir à leur propos ?” Il répondit : “Je vous interroge sur leurs dattes : produisent-ils encore leurs fruits ?” Ils dirent : “Oui.” Il reprit : “Il est sur le point de ne plus en produire.”
Il dit : “Renseignez-moi sur le Lac de Tibériade.” Ils dirent : “Que veux-tu savoir à son sujet ?” Il répondit : “Y a-t-il encore de l’eau ?” Ils dirent : “Oui, il y en a beaucoup.” Il leur annonça : “Eh bien, son eau est près de disparaître.”
Il continua : “Parlez-moi de la source de Zughar(4).” Ils dirent : “Au sujet de quoi t’enquiers-tu ?” Il demanda : “Y a-t-il de l’eau dans cette source ? Ses habitants cultivent-ils grâce à son eau ?” Ils répondirent : “Oui, elle est abondante et les gens y font leurs cultures.”
Il poursuivit : “Tenez-moi au courant du Prophète des illettrés, que fait-il ?” Ils répondirent : “Il a quitté La Mecque et s’est établi à Yathrib.” Il dit : “Les Arabes l’ont-ils combattu ?” Ils dirent : “Oui.” Alors il demanda : “Qu’a-t-il fait avec eux ?” Nous l’informâmes qu’il avait triomphé des Arabes qui l’entouraient et qu’ils lui avaient obéi.
Il commenta : “C’est bien mieux pour eux de lui obéir. Quant à moi…”