Lorsque vint la fin de la journée, les gens regagnèrent leurs demeures après avoir appris que les navires aperçus en mer étaient en réalité des bateaux de marchands, et non des navires de guerre. Leurs cœurs s’en trouvèrent rassérénés, mais ils témoignèrent d’une grande vigilance – louange en soit rendue à Dieu.
La nuit du dimanche, cinquième jour de Ṣafar, on amena l’émir Sayf al-Dīn Qaštamur (1), qui fut jusqu’à récemment gouverneur d’Alep, sous bonne garde après la dernière prière du soir à la Dār al-Saʿāda à Damas. Il fut ensuite envoyé, destitué d’Alep, à Tripoli, sans affectation, et expédié vers Sarjīn en compagnie de l’émir ʿAlāʼ al-Dīn b. Ṣubḥ.
Nous avons appris par ailleurs la mort du shaykh Jamāl al-Dīn b. Nubāta (2), celui qui portait l’étendard des poètes de son époque au pays d’Égypte, et qui s’est éteint à l’hôpital du sultan al-Manṣūr Qalāwūn, le mardi sept Ṣafar de cette année. Que Dieu lui accorde Sa miséricorde.
Dans la nuit du huitième jour, les détenus de la prison al-Sadd s’évadèrent, et la plupart d’entre eux réussit à s’enfuir. Le lendemain matin, les autorités dépêchèrent des hommes à leurs trousses ; nombre de fugitifs furent appréhendés, battus avec violence, puis ramenés à un sort funeste.
Le mercredi quinzième du mois, un appel fut lancé dans les villes interdisant de commercer avec les Francs : Vénitiens, Génois et Catalans. Ce même jour, en fin d’après-midi, je rencontrai l’émir Zayn al-Dīn Zubāla, gouverneur suppléant installé à Dār al-Dhahab. Il m’informa que le courrier lui avait rapporté la nouvelle suivante : le souverain de Chypre avait vu dans les astres que l’île serait conquise, et il envoya deux navires remplis de prisonniers musulmans qu’il détenait à Yalbūghā. Il décréta dans ses terres que quiconque dissimulerait un musulman, jeune ou vieux, serait mis à mort, et il avait résolu de ne laisser aucun captif avant de l’expédier.
Le même mercredi, en fin de journée, arriva d’Égypte le qāḍī al-quḍāt Jamāl al-Dīn al-Masallatī al-mālikī, qui avait exercé la fonction de juge pour les Malékites avant d’être révoqué à la fin du mois de Ramaḍān de l’année précédente. Il se rendit ensuite en pèlerinage, puis alla en Égypte dans l’espoir d’y chercher assistance, mais n’y trouva aucun soutien. L’un des chambellans l’accusa, ce qui lui causa grand tort. Il partit alors pour la Syrie, arriva à la turba al-Kāmiliyya au nord de la Grande Mosquée, puis s’installa chez sa fille en étant malade. Il était l’objet de nombreuses requêtes, plaintes et conciliations. Puisse Dieu lui accorder une bonne fin.
Le dimanche après-midi, l’émir Sayf al-Dīn Ṭaybughā al-Ṭawīl arriva de la noble Jérusalem à Damas et s’établit au Qaṣr al-Ablaq. Deux ou trois jours plus tard, il partit pour assumer le gouvernement de Ḥamā – que Dieu la préserve – en vertu d’une nomination lui parvenant des territoires égyptiens.