Le mercredi matin, trentième jour du mois de Ramadan, on octroya une investiture au cadi des cadis, Sarî ad-Dîn Ismâʿîl(1) al-Mâlikî, qui arriva de Ḥamât pour occuper la charge de juge malékite, en remplacement du cadi des cadis Jamâl ad-Dîn al-Masalâtî, démis de ses fonctions. Son acte de nomination fut lu dans la tribune réservée au rite malékite de la Grande Mosquée, en présence des juges et des notables.
Le mercredi matin, septième jour de Shawwâl, l’émir Ḥayyâr ibn Mihnâ arriva à Damas, obéissant et soumis, après de longues guerres qu’il avait menées contre les armées — tout cela afin de fouler le tapis du pouvoir —, mais il s’y refusa par crainte d’être incarcéré, mis aux fers ou exécuté. Après toutes ces péripéties, il parvint ce jour-là, en route vers les territoires égyptiens, afin de se réconcilier avec le grand émir Yalbûghâ. À son arrivée, il fut reçu par les chambellans, les maîtres de cérémonie et la foule, et les habitants sortirent pour l’observer. Il descendit au palais al-Ablaq, accompagné du gouverneur de Ḥamât, ʿUmar Shâh, qui s’installa avec lui. Le lendemain, il prit la route vers l’Égypte(2).
Le cadi Walî ad-Dîn ʿAbd Allâh, agent du bayt al-mâl, me lut une lettre de son père, le cadi des cadis Bahâʾ ad-Dîn Abû al-Baqâʾ, juge suprême du rite shaféite dans les territoires égyptiens. Celui-ci y rapportait que le grand émir avait établi une nouvelle chaire d’enseignement dans la mosquée Ibn Ṭûlûn pour sept professeurs de rite hanafite, accordant à chacun quarante dirhams et un irdabb de blé par mois. Il y était également mentionné que des personnes n’appartenant pas à ce rite se convertirent à l’école d’Abû Ḥanîfa afin de pouvoir accéder à cette chaire.
[Le cours de tafsîr à la Grande Mosquée des Omeyyades]
Le mercredi matin, vingt-huitième jour de Shawwâl de l’an sept cent soixante-sept (de l’Hégire), j’assistai au cours de tafsîr (exégèse coranique) fondé par le sultanat adjoint, l’émir Sayf ad-Dîn Manqlî Bâghâ – qu’Allah lui fasse miséricorde – à partir des revenus pieux dédiés à la Grande Mosquée, qu’il avait instaurés lorsqu’il en fut le responsable, qu’Allah le récompense. Il y désigna quinze étudiants issus de toutes les écoles juridiques, avec à chacun dix dirhams par mois. Vingt dirhams furent attribués au répétiteur, vingt au scribe chargé de l’appel nomminal, et quatre-vingts au professeur. L’émir fit l’aumône au moment de son invitation à ce cours. Les juges et notables étaient présents, et je commençai l’exégèse en ouvrant la sourate al-Fâtiḥa. Ce fut un jour mémorable. Louange à Allah pour Ses bienfaits et que Son aide demeure jusqu’à la fin.
[L’année sept cent soixante-huit (de l’Hégire)]
Elle débuta alors que le sultan des contrées égyptiennes et syriennes, des Deux Lieux saints et des territoires qui en dépendent, restait Al-Malik al-Ashraf, fils de al-Ḥusayn, fils du sultan an-Nâṣir Muḥammad ibn Qalâwûn. L’atâbak (commandant en chef) de ses armées et régent de son royaume était l’émir Sayf ad-Dîn Yalbûghâ al-Khâṣṣakî, tandis que l’émir Sayf ad-Dîn Manqlî Bâghâ demeurait gouverneur de Damas…(3).