Istanbul, qui est Constantinople, fut alors réprouvée par nombre d’entre eux. Or cette nouveauté qu’ils ont introduite à présent est encore plus considérable. On s’en est justifié en prétendant qu’elle était en réalité liée à Antioche, et qu’on l’avait simplement autorisé à séjourner en la noble Syrie, car le vice-sultan lui avait ordonné d’écrire en son nom et au nom de sa communauté au roi de Chypre. Il devait lui exposer l’humiliation, les représailles et les dommages dont ils avaient été victimes en raison de l’agression du roi de Chypre contre la ville d’Alexandrie. Il m’a apporté les lettres que j’ai pu consulter, adressées au roi de Chypre et au roi d’Istanbul, et il les a lues devant moi de sa propre bouche – que Dieu le maudisse, et qu’Il maudisse également les destinataires de ces lettres. Je m’entretenais avec lui sur leur religion et sur les textes propres à chacune des trois confessions, à savoir les Melkites, les Jacobites (dont sont issus les Francs et les Coptes) et les Nestoriens. Il en comprenait une partie, mais en définitive, il se révéla être un âne parmi les pires mécréants – que Dieu le maudisse.
Au cours de ce mois, nous est parvenue la nouvelle de la reprise de Bagdad par le sultan Uways ibn Shaykh Hasan, roi d’Irak et du Khorassan, des mains de l’eunuque Marjan (qui était son gouverneur dans ces régions mais s’était soustrait à son autorité). Uways arriva contre lui à la tête d’imposantes troupes ; Marjan prit la fuite et Uways fit une entrée retentissante à Bagdad, en un jour mémorable (1).
Le samedi 27 Cha‘bân, l’émir Sayf ad-Dîn Baydamur arriva d’Égypte par courrier express, avec le titre d’émir de cent et commandeur de mille, investi par Yalbugha de la gestion de tous ses services, à Damas et ailleurs, ainsi que des affaires maritimes et de la supervision des chantiers navals. À son arrivée, il fit rassembler tous les scieurs, charpentiers, forgerons et les équipa pour Beyrouth, afin d’y couper du bois. Ils quittèrent la ville le mercredi 2 Ramaḍân, tandis qu’il avait l’intention de les rejoindre là-bas – que Dieu nous vienne en aide. On les renforça ensuite par d’autres artisans : charpentiers, forgerons, manutentionnaires, et ainsi de suite. Ils réquisitionnaient les ânes des passants en obligeant leurs propriétaires à descendre, puis partaient vers la plaine de la Bekaa, mobilisant de force artisans et autres travailleurs. Une grande confusion s’ensuivit ; leurs familles et leurs enfants pleuraient à chaudes larmes, et ils ne reçurent aucune avance sur salaire. Il eût été opportun de leur verser quelque avance afin qu’ils puissent la laisser à leurs proches (2).
Par ailleurs, Burhân ad-Dîn al-Maqdisî, de rite hanafite, prononça le prêche dans la mosquée de Yalbugha, à la place de Taqî ad-Dîn ibn Qâḍî al-Qudât Sharaf ad-Dîn al-Kafrî, suivant un décret solennel et un autre du gouverneur de Ṣafad, Asandamur (3), frère de Yalbugha. Cela eut lieu le vendredi 4 Ramaḍân. Il y eut beaucoup de monde présent, et la chose déplut à ce dernier ainsi qu’à son grand-père et à leur entourage.
Le jeudi 24 du même mois, on lut l’acte de nomination de Qâḍî al-Qudât Sharaf ad-Dîn ibn Qâḍî al-Jabal pour la magistrature des hanbalites, en remplacement de Qâḍî al-Qudât Jamâl ad-Dîn al-Mardâwî, révoqué en même temps que le malikite, à cause de faits qui leur étaient précédemment imputés. L’investiture fut proclamée dans le mihrab des hanbalites, en présence des juges shafi‘ite et hanafite. Quant au juge malikite, il s’était isolé dans la salle située au pied du minaret occidental et ne sortit pas pour se joindre à eux, car il était également révoqué, de même que le grand juge de Ḥamâ. Des troubles et désordres eurent lieu à Ṣâliḥiyya et ailleurs.