Il y eut un différend entre le cheikh ‘Imâd ad-Dîn ibn as-Sarrâj, lecteur du recueil de al-Bukhârî près du mihrab des Compagnons, et le cheikh Badr ad-Dîn, fils du cheikh Jamâl ad-Dîn ash-Shurîshî, et ils échangèrent des paroles acerbes en public au sujet du terme «yabtaz», qui signifie «il met en réserve», tandis que, dans une autre version, on trouvait «yatîr». Ibn as-Sarrâj rapporta de la bouche du hâfiẓ al-Mizzî que la forme correcte était «yabtaz», selon l’usage des Arabes : «‘azza bazza» (1). Il avait raison à ce propos, mais il semble que son contradicteur pensa qu’Ibn al-Mizzî s’était trompé. L’autre prit alors la défense du hâfiẓ al-Mizzî, s’opposant fermement à lui. Puis le père de Badr ad-Dîn, le cheikh Jamâl ad-Dîn mentionné, se leva et découvrit sa tête à la manière des soufis, mais Ibn as-Sarrâj n’y prêta pas attention. Ils portèrent l’affaire devant le juge shafi‘ite, qui se prononça en faveur du hâfiẓ al-Mizzî. Plusieurs événements s’ensuivirent, puis ils se réconcilièrent à plusieurs reprises. Certains songèrent à rédiger un procès-verbal à l’encontre d’Ibn as-Sarrâj, mais ces querelles finirent par s’éteindre.
Au cours du mois de Ramaḍân, les décès se multiplièrent, atteignant près d’une centaine, parfois plus, parfois moins, ce qui restait la moyenne. Plusieurs compagnons et connaissances décédèrent – nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons.
Par ailleurs, le criquet proliféra dans les vergers, et la situation devint grave de ce fait. Il détruisit une grande partie des récoltes, des fruits et des légumes. Les prix flambèrent et les denrées se firent rares. Les biens virent leur valeur grimper : la mélasse (dibs) fut vendue à plus de deux cents quintaux, et le riz à un prix encore plus élevé. L’ouverture de la Porte Kaysân fut achevée, on l’appela la « porte du Sud ». Un pont y fut alors établi pour relier cette porte à la route passante. Sa largeur dépassait dix coudées, faites de charpente, afin de construire des parapets de chaque côté. Les piétons et les cavaliers purent désormais l’emprunter et il apparut d’une grande beauté. Les gens passaient par les ruelles juives, ce qui dévoila l’intérieur de ce quartier, et les habitants furent à l’abri de leurs intrigues, de leurs tromperies, de leurs manigances et de leurs méfaits. Ainsi la population trouva un soulagement grâce à cette porte bénie.
Lorsque débuta Shawwâl, le criquet avait déjà causé de lourds dégâts dans le pays, dévoré légumes et arbres, et intensifié les malheurs des habitants du Shâm. Les prix augmentèrent, la mortalité se poursuivit, les sanglots et les pleurs se firent plus nombreux, et nous perdîmes beaucoup de compagnons et d’amis : on apprenait la mort de l’un, puis de l’autre. Toutefois, le nombre des décès commença à baisser au cours de cette période, retombant autour d’une cinquantaine. Puis, dans le mois de Dhû al-Qa‘da, l’épidémie se réduisit, louange à Dieu, et le nombre de morts descendit à une vingtaine à peu près.
Le quatrième jour de ce mois, un éléphant et une girafe arrivèrent du Caire à Damas. On les installa au Maydân al-Akhdar, près du palais Ablak, et les gens allèrent les contempler comme à l’accoutumée.
Le vendredi neuvième du même mois, on pria sur la dépouille du cheikh Jamâl ad-Dîn ‘Abd as-Samad (2) ibn Khalîl al-Baghdâdî, connu sous le nom d’Ibn al-Khudharî, traditionniste et prédicateur de Bagdad, qui était parmi les gens de la Sunna et du consensus (Ahl as-Sunna wa-l-Jamâ‘a). Qu’Allah lui fasse miséricorde. Fin.