La sultanat du roi al-Ashraf Nāṣir al-Dīn, Shaʿbān ibn Ḥasan ibn le roi al-Nāṣir Muḥammad ibn Qalāwūn, fut proclamé le mardi, quinzième jour de Shaʿbān.
Le samedi, dix-neuvième jour de Shaʿbān de cette même année – c’est-à-dire l’année 764 de l’Hégire –, un émir arriva des terres égyptiennes et s’installa au palais al-Ablaq. Il annonça la chute du règne du roi al-Manṣūr, fils d’al-Muẓaffar Ḥājjī, lui-même fils du roi al-Nāṣir Muḥammad ibn Qalāwūn, et précisa que ce dernier avait été appréhendé et emprisonné. Le pouvoir fut alors confié au roi al-Ashraf Shaʿbān ibn Ḥusayn al-Nāṣir ibn al-Manṣūr Qalāwūn, âgé d’environ vingt ans. Des réjouissances retentirent alors dans la Citadelle Mansūra, et le lendemain, dimanche, la population se mit en grande fête.
Le juge suprême (Qāḍī al-Quḍāt) Tāj al-Dīn et le ministre (Ṣāḥib) Badr al-Dīn Mājid, l’intendant des dīwāns, me rapportèrent que, le mardi quinzième jour de Shaʿbān, le roi al-Manṣūr avait été déposé et assigné à résidence, tandis que le roi al-Ashraf Nāṣir al-Dīn Shaʿbān était installé sur le trône. On lui prêta donc serment d’allégeance (bayʿa). Ce jour-là, il y eut tonnerre et de fortes averses : les gouttières débordèrent, inondant les rues de flaques d’eau. Or nous étions le cinquième jour de juin, ce qui surprit tout le monde.
D’autre part, une épidémie frappa l’Égypte dès le début du mois de Shaʿbān et s’aggrava, touchant majoritairement la population juive ; on comptait jusqu’à cinquante décès chaque jour, qu’Allah nous vienne en aide.
Le lundi septième jour (de Shaʿbān), la nouvelle se répandit dans l’armée que des Bédouins avaient intercepté la troupe en route pour al-Raḥba, l’avaient mise en échec, tuant certains soldats, en pillant et blessant d’autres. Un courrier fut envoyé au gouverneur (nāʾib) et aux émirs afin qu’ils reviennent en ville prêter allégeance au nouveau sultan – qu’Allah le bénisse parmi les musulmans. Peu après, des émirs vaincus par les Bédouins arrivèrent en bien mauvaise posture. Puis, un message parvint d’Égypte ordonnant à ces émirs de revenir auprès de l’armée rassemblée aux côtés du gouverneur de la sultanat à Tadmur, sous peine de châtiments et de la perte de leurs fiefs (iqṭāʿāt).
Au cours du mois de Ramaḍān, la peste empirait – innā li-llāhi wa-innā ilayhi rājiʿūn – et toucha principalement la communauté juive. Comme me l’indiqua le juge Ṣalāḥ al-Dīn al-Ṣafadī, représentant du Trésor public, près d’un millier de Juifs seraient décédés entre le début de Shaʿbān et celui de Ramaḍān. Leur nombre augmenta ensuite considérablement au cours du mois de Ramaḍān, tandis que, parmi les musulmans et les gens de la dhimma, on comptait environ quatre-vingts victimes.
Enfin, le samedi onzième (de Ramaḍān), nous avons prié après la prière de midi