Le dimanche, le troisième (du mois), arrivèrent le juge hanafite et le juge hanbalite d’Alep, ainsi que le prédicateur de cette ville, le cheikh Shihāb ad-Dīn al-Aḏra‘ī, le cheikh Zayn ad-Dīn al-Bārīnī et d’autres personnes. Ils descendirent à la madrasa al-Iqbāliyya, accompagnés du grand cadi shāfi‘ite, à savoir Kamāl ad-Dīn al-Miṣrī, tous convoqués en Égypte. On rassembla ce qu’ils avaient à redire au sujet de leur cadi et les reproches qu’ils lui adressaient quant à sa mauvaise conduite, selon leurs dires, lors des cérémonies solennelles en Égypte. Puis, ils prirent la route vers les territoires égyptiens le samedi dixième (du mois).
Le jeudi suivant, arriva l’émir Zayn ad-Dīn Zubāla (1), gouverneur de la citadelle, en provenance des terres d’Égypte, voyageant par courrier rapide, avec un faste imposant et extraordinaire. Les gens l’accueillirent sur le chemin en allumant des cierges. Il s’installa à la Dār aḏ-Ḏahab. La population vint le saluer et le féliciter de reprendre ses fonctions de gouverneur de la citadelle, comme il en avait l’habitude. C’était la troisième fois qu’il en était investi, parce qu’il y était fort apprécié, ayant exercé plus d’une fois ses attributions de manière louable.
Le jeudi vingt-et-unième (du mois), le vice-sultan, accompagnés des deux cadis (shāfi‘ite et hanafite), du katib as-sirr (secrétaire de la chancellerie) et d’un groupe d’émirs et de notables, accomplirent la prière dans la maqṣūra (espace réservé). On lut alors, devant la tribune, une lettre du sultan annonçant la réduction de l’impôt sur les moutons, à raison de deux dirhams par tête. L’assemblée adressa de vives prières pour le détenteur de l’autorité, ainsi que pour celui qui avait contribué à cette mesure.
[Une étrangeté parmi les étrangetés et une merveille parmi les merveilles]
En ce mois, les eaux devinrent très abondantes et le niveau des fleuves augmenta considérablement, au point que le fleuve Baradā inonda le marché des chevaux, recouvrant toute l’esplanade connue sous le nom de Mawqif al-markab. On y fit naviguer des embarcations et des radeaux permettant aux passants de traverser d’un côté à l’autre. Cette situation perdura plusieurs vendredis d’affilée, si bien que le vice-sultan et l’armée ne purent s’y tenir. Parfois, le vice-sultan se rendait quelques jours sous la galerie, en face de la porte de l’écurie sultanienne. C’était là un phénomène inédit, dont je n’ai jamais été témoin au cours de ma vie. Beaucoup de bâtiments et de maisons se sont écroulés, de nombreux moulins ont dû cesser leur activité, submergés par l’eau.
Dans la nuit du mardi vingtième de Jumādā al-Ulā, mourut aṣ-Ṣadr Shams ad-Dīn ‘Abd ar-Raḥmān (2) fils du shaykh ‘Izz ad-Dīn ibn al-Munaǧǧā at-Tanūkhī, après la prière du ‘Ishā’. On pria sur lui à la Grande Mosquée de Damas après la prière de ẓuhr, puis on l’inhuma au pied de la montagne. Le matin de ce même jour, un autre décès survint