Al-Qalânsî était l’un des derniers dirigeants et notables de la ville. Il avait exercé de hautes fonctions, à l’instar de son père et de son oncle paternel, ‘Alâ’ ad-Dîn. Toutefois, il surpassa ses prédécesseurs : il fut notamment chargé de l’administration des finances durant un temps, exerça la fonction de juge des armées (qâḍî al-‘asâkir), puis obtint la direction de la chancellerie secrète (kitâbat as-sirr), celle de la mashîkhat ash-shuyûkh (présidence des maîtres spirituels), tout en enseignant à la Nâṣiriyya et à la Shâmiyya al-Juwâniyya. Il avait déjà dispensé un enseignement à l’‘Aṣrûniyya (1) avant l’année trente-six. Lorsque le sultan arriva l’année précédente, il fut démis de ses hautes charges et soumis à une lourde amende d’environ deux cent mille. Il vendit alors une grande partie de ses biens et ne conserva plus aucun de ses postes. Il vécut ensuite dans l’anonymat jusqu’à ce jour, où il décéda subitement. Il avait manifesté un léger trouble dont personne ne s’était rendu compte. La prière funéraire fut célébrée sur lui à ‘aṣr dans la Grande Mosquée de Damas, puis on le conduisit hors de la porte an-Nâṭifâniyyîn jusqu’à sa sépulture, au pied de Qâsiyûn (– qu'Allah lui fasse miséricorde –).
Le matin du lundi dix-huit, on revêtit d’une khil‘a (robe d’honneur) le qâḍî Jamâl ad-Dîn, fils du qâḍî al-quḍât Sharaf ad-Dîn al-Kafrî al-Ḥanafî (2). Il fut nommé co-juge avec son père et reçut dans le décret, parvenu avec le courrier du sultan, le titre de « qâḍî al-quḍât ». Il porta la robe d’honneur à Dâr as-Sa‘âda, et se rendit avec le qâḍî al-quḍât Tâj ad-Dîn as-Subkî à la Nûriyya. Là, il s’assit dans la mosquée, où l’on disposa le pupitre afin de réciter le Coran, sans qu’aucun cours ne fût donné. Les gens vinrent le féliciter pour l’obtention de cette charge partagée désormais avec son père.
Le matin du mardi, mourut le shaykh pieux, dévot et ascète, Fatḥ ad-Dîn (3) fils du shaykh Zayn ad-Dîn al-Fâriqî, imam à Dâr al-Ḥadîth al-Ashrafiyya, responsable des reliques en ce lieu et muezzin à la Grande Mosquée. Il était parvenu à l’âge d’environ quatre-vingt-dix ans, vivant dans la piété, lisant souvent le Coran et priant beaucoup, tout en se préservant des contacts avec autrui. On accomplit la prière funéraire pour lui ce matin-là, puis on le sortit par Bâb an-Naṣr en direction du quartier de aṣ-Ṣâliḥiyya (– qu'Allah lui fasse miséricorde –).
Le matin du lundi dixième de Jumâdâ al-Ûlâ, arriva le courrier en compagnie de Qarâbughâ, le dawâdâr du vice-gouverneur (nâ’ib) de Damas al-ṣaghîr, apportant un décret de nomination au poste de qâḍî al-quḍât des ḥanafites en faveur du shaykh Jamâl ad-Dîn Yûsuf, fils du qâḍî al-quḍât Sharaf ad-Dîn al-Kafrî, suite à la démission de son père en sa faveur. Il reçut la robe d’honneur à Dâr as-Sa‘âda et fut placé sous le rang du mâlikî. Ensuite, ils se rendirent tous à la maqṣûra de la Grande Mosquée, où son décret fut lu par Shams ad-Dîn ibn as-Subkî, adjoint à la ḥisba. Il désigna alors deux de ses compagnons pour être ses adjoints.