Ibn Ḥazm (1) ? Il dit alors en substance : « Il ne l’aime pas. » Je lui répondis : « Tu es excusé à son égard, car il a réuni deux pôles contradictoires dans ses fondements et dans ses ramifications. Pour ce qui est des ramifications, il est littéraliste (ẓāhirī), rigide et sec ; quant aux fondements, il se tourne vers une forme fuyante (2), puisant dans la “qarmatisation” des Qarmates et la déconstruction des “déconstructeurs”. J’ai élevé la voix en disant cela, au point de m’entendre alors que je dormais. Ensuite, je lui ai montré une terre verte, qui ressemblait à un champ de palmiers mais dont l’aspect était encore plus dégradé ; elle ne servait ni à l’exploitation ni au pâturage. Je lui dis : “Voici la terre d’Ibn Ḥazm qu’il a cultivée.” Il me demanda : “Vois-tu là-bas un arbre fruitier ou quelque chose d’utile ?” Je répondis : “Elle ne sert qu’à s’y asseoir à la lumière de la lune.” Telle est la substance de ma vision. Il me vint à l’esprit qu’Ibn Ḥazm nous était présent lorsque j’ai montré cette terre, attribuée à Ibn Ḥazm, au shaykh Muḥy al-Dīn, et il gardait le silence sans prononcer un mot.
Le jeudi 23 Ṣafar, le qāḍī (juge) ‘Imād al-Dīn b. al-Shirjī reçut une robe d’honneur lorsqu’il fut rétabli dans la fonction de la ḥisbah, en raison de l’incapacité d‘Alā’ al-Dīn al-Anṣārī à s’en occuper, absorbé qu’il était par sa maladie grave. Les gens le félicitèrent selon la coutume.
Le samedi 26 Ṣafar, le shaykh ‘Alā’ al-Dīn al-Anṣārī (3) susmentionné mourut à la madrasa al-Amīniyya. La prière de midi fut célébrée pour lui à la mosquée omeyyade ; il fut ensuite inhumé dans le cimetière de Bāb al-Ṣaghīr, derrière le miḥrāb de la mosquée Jarrāḥ (4), dans une tombe située là-bas. Il avait plus de quarante ans, enseigna à l’Amīniyya et exerça la ḥisbah à deux reprises. Il laissa de jeunes enfants et des biens considérables — qu’Allāh lui pardonne et lui fasse miséricorde. Après son décès, par décret noble et solennel (5), la direction de la madrasa revint au qāḍī al-quḍāt (Juge Suprême) Tāj al-Dīn b. al-Subkī.
Dans les dix derniers jours de Ṣafar, nous apprîmes le décès du qāḍī al-quḍāt mālikite al-Ikhnā’ī (6) en Égypte, ainsi que la nomination de son frère Burhān al-Dīn, fils du qāḍī al-quḍāt ‘Ilm al-Dīn al-Shāfi‘ī (ce dernier étant son père) comme juge à la place de son frère. Il s’était déjà occupé de la ḥisbah en Égypte et y jouissait d’une réputation louable ; on lui adjoignit la responsabilité de la khazānah tout comme à son frère.
Le matin du dimanche 4 Rabī‘ al-Awwal marqua le début de la présence du qāḍī al-quḍāt Tāj al-Dīn Abū Naṣr