Les armées pénétrèrent dans Damas en plusieurs détachements avec une grande magnificence, arborant leurs habits de guerre le long du Nahr an-Nasr, accompagnées de chevaux, d’armes et de lances. Ensuite, le sultan entra en dernier, quelque temps après la prière de l’asr, vêtu de divers vêtements, dont un qanbāz boukhari (1). L’émir Sayf al-Dîn Tûmân Tamur, qui avait été gouverneur de Tripoli, portait au-dessus de sa tête la coupole et l’oiseau, tandis que les émirs avançaient à pied devant lui. Des tapis étaient étalés sous les pieds de son cheval et les fanfares résonnaient derrière lui. Il pénétra alors dans la citadelle al-Manṣûra al-Manṣûriyya, non la Badriyya, et y constata la présence de catapultes et d’armes préparées. Son indignation envers Baydamur et ses compagnons s’en trouva fortement accrue.
Il descendit sur la plateforme (ṭârima) et s’assit sur le trône royal, pendant que les émirs et les gouverneurs se tenaient devant lui, la justice ayant retrouvé sa place. Entre l’entrée de son oncle al-Ṣâliḥ Ṣâliḥ, survenue le premier jour de Ramaḍân, et celle-ci faite le vingt-neuvième (certains disent le dernier jour du mois – Dieu seul le sait), les habitants se mirent à orner la ville de décorations.
Au matin du mardi, dernier jour du mois, on transféra à la citadelle les émirs frappés de disgrâce, ceux dont les efforts s’étaient égarés dans leurs complots malintentionnés envers les musulmans. Ils furent internés dans ses tours, humiliés et séparés les uns des autres. Eux qui avaient autrefois régné en maîtres en ce lieu s’y retrouvèrent détenus, confus et craintifs, après avoir été chefs et joui d’un grand honneur, ils furent abaissés. On pourchassa également leurs partisans et on fit publier en ville l’avis promettant une forte récompense en argent et un poste d’émir à quiconque livrerait l’un d’entre eux.
Ce même jour, l’on édicta un ordre contre le président Amîn al-Dîn ibn al-Qalânasî, chancelier (kâtib al-sirr) (2), à qui l’on réclama un million de dirhams. Il fut remis à l’émir Zayn al-Dîn Zubâla, le gouverneur de la citadelle, qui y avait été réintégré et à qui fut confié le rang d’Ibn Qarasunqur, et il reçut l’ordre de le châtier jusqu’à ce qu’il verse la somme exigée.
Le sultan et ses émirs accomplirent alors la prière de l’Aïd sur la place du Maydân al-Akhḍar. On y tendit un grand drap, sous lequel le qâḍî Tâj al-Dîn al-Munâwî (3), de rite shâfi‘ite et juge de l’armée al-Manṣûra, fit le prêche et dirigea la prière. Ensuite, les émirs entrèrent avec le sultan dans la citadelle par la porte de la Madrasa, où celui-ci leur offrit un grand banquet. Après avoir mangé, ils regagnèrent leurs demeures et leurs palais. En ce jour, ce fut l’émir ‘Alî, gouverneur de Damas, qui porta l’oiseau au-dessus de la tête du sultan, et il reçut en retour un somptueux habit d’honneur.
Ce jour-là, l’émir Tûmân Tamur, ex-gouverneur de Tripoli, fut arrêté, puis il rejoignit Baydamur, se montra à ses côtés, et finit par repartir auprès des Égyptiens. Il s’excusa auprès d’eux, et ils firent semblant d’accepter son repentir. Le jour de l’entrée, il portait la coupole au-dessus de la tête du sultan, puis on le nomma gouverneur de Ḥimṣ, mais on le rabaissa et on le traita avec mépris. Alors qu’il était déjà en route vers Ḥimṣ, à Qâbûn, on lui dépêcha un ordre de le saisir et de le faire revenir, pour lui réclamer cent mille [pièces] qu’il avait touchées de Baydamur. Finalement, il fut renvoyé à son poste de gouverneur à Ḥimṣ.