Au matin du mercredi, la situation redevint comme elle était, voire plus grave encore. L’émir Sayf al-Dîn Yalbughâ al-Khâssakî descendit avec la suite restante de Yalbughâ, et son autorité s’étendit depuis Sayf Dâriyâ jusqu’au dôme mentionné, avec une grande magnificence et une présentation soignée. Le cortège noble fut retardé du fait de son arrivée tardive depuis As-Sanamayn(1). Ce même jour, Baydamur entra dans la citadelle et s’y retrancha.
Le jeudi vingt-cinq du mois, les portes restèrent toutes closes, à l’exception de Bâb an-Naṣr et Bâb al-Faraj. L’étau se resserra et la population se retrouva dans une gêne extrême. Les Égyptiens interrompirent l’écoulement du fleuve Bâniyâs, ainsi que la dérivation qui l’alimentait et qui se déversait dans Dâr as-Saʿâda à travers les canaux. Ils durent couper ces canaux pour barrer le bras mentionné. Les habitants de la ville en furent vivement alarmés et emmagasinèrent l’eau dans les bassins des madrasas et dans les réserves de leurs maisons. L’outre d’eau se vendit alors au prix d’un dirham, et la quantité réduite à moitié prix. Plus tard dans l’après-midi de ce jour, les canaux furent rétablis – louange et bienfait à Dieu – ce qui rasséréna les gens. Le vendredi matin, les portes demeurèrent fermées et ne furent ouvertes qu’un moment après le lever du soleil. Yalbughâ envoya alors quatre émirs de sa part : l’émir Zayn ad-Dîn Zubâla, ancien gouverneur de la citadelle, le roi Ṣalâḥ ad-Dîn ibn al-Kâmil, le shaykh ʿAlî, autrefois gouverneur d’az-Zuḥba auprès de Baydamur, et un autre émir. Ils pénétrèrent dans la ville, brisèrent les verrous des portes et les ouvrirent. Quand Baydamur vit cela, il leur transmit les clés de la ville. Fin de ce passage.
Le sultan al-Malik al-Manṣûr arriva à la maṣṭaba à l’ouest de la pente de Sajûrâ le vendredi vingt-six du mois de Ramaḍân, à la tête de troupes nombreuses comme des montagnes. Il s’arrêta à la maṣṭaba attribuée à l’oncle de sa fille, al-Malik al-Ashraf Khalîl ibn al-Manṣûr Qalâwûn. Les émirs et les gouverneurs des provinces se présentèrent pour baiser sa main et se prosterner devant lui, notamment le gouverneur d’Alep et celui de Ḥamâ – l’émir ʿAlâ’ ad-Dîn al-Mârdânî – pressenti pour la lieutenance de Damas. Un firman (acte d’investiture) fut rédigé en ce sens et lui fut envoyé alors qu’il se trouvait à Ḥamâ. Le samedi vingt-sept, l’émir ʿAlâ’ ad-Dîn ʿAlî al-Mârdânî reçut solennellement le poste de gouverneur de Damas, y retournant comme au début, pour la troisième fois. Il baisa la main du sultan et se plaça à sa droite. Les habitants de la ville sortirent pour le féliciter. Pendant ce temps, la citadelle était encore sécurisée par Baydamur, qui y était entré dans la nuit du vendredi, avec Manjak, Asandamur et leurs partisans, afin de s’y protéger.
L’état des choses illustrait alors la parole du destin : « Où que vous soyez, la mort vous atteindra, même si vous vous trouvez dans des tours fortifiées » (Coran 4 : 78).
Le dimanche, on fit venir les juges suprêmes et l’on envoya un message à Baydamur et aux siens, retranchés dans la citadelle, en vue de conclure un accord avec quelques conditions supportables(2). Les événements postérieurs seront évoqués ci-après. Dieu, le Très-Haut, est plus savant.