Lorsque le jeudi matin arriva, Tūmān Tamur insista auprès du Roi des émirs pour partir à Gaza, afin qu’il s’y retrouve avec le reste de l’armée syrienne qui l’avait précédé, ainsi qu’avec Manjak et ceux qui l’accompagnaient là-bas, afin que Dieu accomplisse ce qu’Il avait décrété. Le Roi des émirs acquiesça et ordonna ce jour-là qu’on envoie devant lui l’avant-garde. Celle-ci sortit, et la citadelle referma la porte habituellement utilisée, celle qui se trouve près de la Dār al-Ḥadīth, ce qui inquiéta les gens, mais Dieu assure la meilleure fin.
Le Roi des émirs, Baydamur, quitta ensuite Damas en direction de Gaza pour rejoindre les troupes qui y étaient déjà. Le douzième jour de Ramaḍān, le Vice-sultan et le Vice de Tripoli accomplirent la prière du vendredi dans la maqsūra, puis ils se rassemblèrent pour le sermon dans la loge du prêche. Par la suite, ils se rendirent à la Dār al-Saʿāda, et son cortège sortit après la prière de lʿAṣr dans une mise en scène imposante, comme cela fut rapporté. Ils défilèrent en sa compagnie et il les passa en revue, puis il retourna à la Dār al-Saʿāda où il passa la nuit jusqu’à ce qu’il eût accompli la prière de l’aube. Ensuite, il sortit derrière l’armée avec le Vice de Tripoli. La majorité de l’armée restante, composée d’émirs et des éléments de la ḥalqa, partit également (que Dieu les préserve). De même partirent les juges, ainsi que le Kātib al-sirr, le Wakīl Bayt al-Māl et d’autres scribes du dīwān.
Lorsque les habitants se réveillèrent le samedi, il ne restait plus aucun soldat à Damas, si ce n’est le Vice de l’absence (Nāʾib al-ghayba), l’émir Sayf al-Dīn Ibn Ḥamza al-Turkumānī, ainsi que son proche parent, le gouverneur des campagnes (Wālī al-barr), l’émir Badr al-Dīn Ṣadaqa ibn Awḥad, qui administrait la ville, le muḥtasib et les délégués des juges. La citadelle demeurait comme elle était, avec les catapultes dressées.
Le dimanche matin, les juges revinrent de bonne heure, puis le Roi des émirs revint au milieu de la journée, accompagné de Tūmān Tamur. Tous deux portaient des tenues et des armes complètes, chacun craignant que l’autre ne le capture. L’un entra à la Dār al-Saʿāda, tandis que l’autre se rendit au palais al-Ablaq.
Après la prière de lʿAṣr, Manjak et Asandamur – qui avait exercé la fonction de Vice-sultan à Damas – arrivèrent enchaînés, parce qu’ils avaient été capturés par ceux-là mêmes des troupes envoyées à Manjak, qui avaient eu pour mission de le renforcer contre les Égyptiens, sur ordre de Baydamur. Cela eut lieu par la main de l’émir Sayf al-Dīn Tamur, hajib al-ḥujjāb, surnommé al-muhmindār. Il dit alors à Manjak : « Nous sommes tous au service de celui qui est en Égypte. Nous ne te suivrons pas pour soutenir Baydamur. » Ils se querellèrent, puis en vinrent aux armes. Manjak fut défait, et Tamur, Manjak et ceux qui étaient avec eux, comme Ibn Ṣubḥ et Ṭaydamur, partirent.
Le lundi matin, quinzième jour, on ne trouva plus aucune trace de Tūmān Tamur, de Ṭubayriq ni d’aucun autre émir de Damas : ils étaient tous partis prêter allégeance au souverain d’Égypte. Il ne resta à Damas, parmi les émirs, que Ibn Qarasunqur (considéré parmi les grands émirs), Baydamur, Manjak et Asandamur, tandis que la citadelle était préparée et les catapultes demeuraient installées comme auparavant. Les gens craignaient vivement que Baydamur ne s’empare de la citadelle, ce qui aurait entraîné, à l’arrivée de l’armée égyptienne, un siège, des difficultés et des épreuves pour la population. Dieu assure la meilleure fin. (1)