Saisis de crainte lorsqu’ils virent les six mangonneaux dressés au sommet des tours de la citadelle, le lieutenant de la sultanat fit alors comparaître les quatre juges et tous les émirs. Ils rédigèrent un écrit, mis en forme par le secrétaire, par lequel ils déclaraient être satisfaits du sultan et haïr Yalbugha, ne pas le vouloir ni approuver sa gestion du royaume. Les juges en furent témoins et l’attestèrent. Puis ils envoyèrent cette lettre par un mamlouk au service de l’émir Taybugha al-Tawil (1), l’homologue de Yalbugha dans les provinces égyptiennes. De son côté, Mankjak dépêcha un message au lieutenant de la sultanat, le pressant de le rejoindre à al-Jaychar pour affronter les Égyptiens. Le lieutenant de Damas désigna alors un contingent de l’armée pour s’avancer et, dans la nuit du samedi 29 Cha‘bân, on dépêcha une expédition conduite par Asandamur, ancien lieutenant de Damas, qui alla porter renfort à l’émir Mankjak avec deux mille hommes. La rumeur courait que le lieutenant de la sultanat suivrait ensuite avec le reste de l’armée. Puis un autre détachement de trois mille soldats partit la nuit du mardi 8 Ramaḍân, comme nous le verrons.
Le cheikh et hāfiẓ ‘Alā’ al-Dīn Mughlataï (2) l’Égyptien mourut là-bas le mardi 24 Cha‘bân de cette année, pour être inhumé le lendemain à al-Raydāniyya (3). Il avait beaucoup écrit, composé et rassemblé, possédant maints ouvrages — qu’Allah lui fasse miséricorde.
Au début de Ramaḍân, un groupe de négociants fut amené à la Dār al-‘Adl, devant Bāb al-Naṣr, afin que l’on vendît du sucre, de l’acier et du verre prélevés dans les entrepôts de Yalbugha (4) à leurs frais. Ils s’y opposèrent par crainte d’en être dépossédés par la suite. Certains d’entre eux, dont Shihāb al-Dīn ibn al-Ṣawwāf, furent alors frappés en présence du ḥājib et du surintendant des dīwāns, avant d’être libérés le lendemain, ce qui procura un soulagement par la grâce de Dieu.
La nuit du mardi suivant, après la prière du soir, un autre détachement partit avec trois chefs d’avant-garde : ‘Irāq (5), puis Ibn Ṣubḥ (6), et enfin Ibn Ṭarghiyya. L’émir Sayf al-Dīn Tūmān, lieutenant de Ṭarābulus (Tripoli), entra à Damas au matin du mercredi 10 Ramaḍân. Le roi des émirs, Sayf al-Dīn Baydamur, vint l’accueillir à al-Aqayṣar (7), et ils firent ensemble leur entrée avec grande pompe. Tūmān s’installa au Qaṣr al-Ablaq, tandis que les troupes qui l’accompagnaient s’avançaient vers la Qubba de Yalbugha. Quant à la citadelle, on y avait dressé des mangonneaux et posté d’importantes garnisons. Le lieutenant de la sultanat y demeurait dans une vigilance extrême.