Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Voici la traduction française :

« Ainsi, l’émir Saif ad-Dîn Baydamur, que Dieu le renforce, vice-sultan, abolit peu à peu les impôts injustes qui nuisent aux musulmans. J’ai entendu dire qu’il avait le dessein de supprimer entièrement ces taxes, si Dieu le lui permettait. Puissé-je entendre “Amen”. C’est ainsi.

Avertissement (1)

Concernant un événement singulier et une coïncidence étonnante : il nous est parvenu que l’émir Saif ad-Dîn Baydamur, vice-sultan, nourrissait, dans son for intérieur, un certain ressentiment envers l’atabek des provinces égyptiennes, l’émir Saif ad-Dîn Yalbugha al-Khassaki, administrateur de l’État en ces terres. Il avait en effet soupçonné et imaginé que celui-ci complotait pour le faire renvoyer de Syrie. Or, notre vice-sultan possède une forte détermination et un caractère très ferme. Il laissa donc entrevoir quelque distance envers l’obéissance due à Yalbugha, tout en restant fidèle au sultan, et déclara que s’il arrivait qu’on le démette de ses fonctions à l’initiative de Yalbugha, il ne le reconnaîtrait pas et ne l’écouterait point. Il agit donc en conséquence. C’est alors que, au cours de ces événements, le vice-gouverneur de la Citadelle al-Mansourah à Damas, l’émir Saif ad-Dîn Burnaq (2) an-Nâsirî, vint à mourir. Le vice-sultan dépêcha alors certains de ses hommes et de sa suite pour prendre possession complète de la citadelle. Il y entra lui-même et manda l’émir Zayn ad-Dîn Zubâlah, qui avait d’abord été juriste, avant d’être le vice-gouverneur de cette place. Or il s’y entendait à merveille, connaissant mieux que nul autre chacun de ses faubourgs (3), de ses réserves et de ses ressources. Le vice-sultan parcourut la forteresse avec lui, et Zubâlah lui montra ses remparts, ses tours, ses clés, ses serrures, ses salles et ses demeures, ainsi que son effectif et ses provisions. Les gens furent étonnés d’une telle coïncidence dans de telles circonstances, car aucun vice-gouverneur auparavant n’avait eu cette opportunité. La porte faisant face à la Dâr as-Sa‘âdah fut ouverte, et le vice-sultan se rendait dans la citadelle et en sortait avec sa suite, dans tout son faste et son prestige, examinant l’état des lieux et veillant à son bon ordre, que Dieu le soutienne.

Le samedi 15 Sha‘bân, il sortit en cortège comme à l’accoutumée. Il fit convoquer l’émir Saif ad-Dîn Asandamur, ancien vice-gouverneur de Damas, lequel demeurait chez lui comme en résidence surveillée, ne sortant point et ne recevant personne. Il le fit comparaître, et il monta à cheval en sa compagnie, de même que les émirs arrivés d’Égypte : Tunnayriq (4), l’un des émirs al-ulf (commandant mille hommes), ainsi que Taydamur, ancien hajib (chambellan). Quant à Ibn Subh et ‘Umar Shâh, ils avaient déjà quitté la ville le vendredi à la fin du jour. L’objectif était de les escorter, eux et tous les émirs, vers le Sûq al-Khayl (marché aux chevaux), puis de tous les faire descendre au Dâr as-Sa‘âdah (la Maison du Bonheur). Là, ils se sont mutuellement confirmé leur alliance et se sont accordés pour former un seul bloc compact, une même fraternité, afin de résister à quiconque leur voudrait du mal, et d’être unis contre tout qui chercherait à les relever de leur charge ou à les tuer. Ils ont également décrété que quiconque les combattrait, ils le combattraient, et que le sultan légitime est le fils de leur maître, le roi al-Mansour, fils de Hâjî, fils de an-Nâsir, fils de al-Mansour Qalâwûn. Tous se conformèrent ainsi à la volonté du vice-sultan, lui prêtèrent serment et sortirent de chez lui sur cette base. Le vice-sultan continua à paraître avec sa splendeur habituelle et son grand prestige. Que Dieu lui accorde une bonne issue. »

(1) Dans l’édition : "تنبيع" alors qu’il s’agit de "تطبيع". (2) Dans le Taʿlīl de al-Husaynī, p. 340 : "برتاق" avec un tāʾ. (3) Ainsi dans l’édition ; mais la forme correcte serait probablement : "بخططها". (4) Dans l’édition : "طبترق" ; ce terme a été mentionné un peu plus haut.
هذا ونائب السلطنة الأمير سيف الدين بَيْدَمُر أعزه اللَّه يبطل المكوسات شيئًا بعد شيء ممّا فيه مضرة بالمسلمين، وبلغني عنه أن من عزمه أن يبطل جميع ذلك إن أمكنه اللَّه من ذلك، آمين انتهى. تنبيه (١) على واقعة غريبة واتفاقٍ عجيب نائب السلطنة الأمير سيف الدين بَيْدَمُر فيما بلغنا في نفسه عَتَب على أتابك الديار المصرية الأمير سيف الدين يلبغا الخاصكي مُدَبِّر الدولة بها، وقد توسَّم وتوهَّم منه أنّه يسعى في صرفه عن الشام، وفي نفس نائبنا قوة وصرامة شديدة، فتنسَّم منه ببعض الإباء عن طاعة يَلْبُغا، مع استمراره على طاعة السلطان، وأنه إن اتفق عُزْلٌ من قبل يَلْبُغَا أنه لا يسمع ولا يطيع، فعمل أعمالًا واتفق في غضون هذا الحال موت نائب القلعة المنصورة بدمشق وهو الأمير سيف الدين بُرْناق (٢) الناصري فأرسل نائب السلطنة من أصحابه وحاشيته من يتسلّم القلعة برُمّتها، ودخل هو بنفسه إليها، وطلب الأمير زين الدين زبَالة الذي كان فقيهًا ثم نائبها وهو من أخبر الناس بها وبخطاتها (٣) وحواصلها، فدار معه فيها وأراه حصونها وبروجها ومفاتحها وأغلاقها ودورها وقصورها وعددها وبركتها، وما هو معدٌّ فيها ولها، وتعجب الناس من هذا الاتفاق في هذا الحال، حيث لم يتفق ذلك لأحد من النواب قبله قط، وفتح الباب الذي هو تجاه دار السعادة وجعل نائب السلطنة يدخل منه إلى القلعة ويخرج بخدمه وحشمه وأُبَّهته يكشف أمرها وينظر في مصالحها أيده اللَّه. ولما كان يوم السبت خامس عشر شعبان ركب في الموكب على العادة واستدعى الأمير سيف الدين أسندَمُر الذي كان نائب الشام، وهو في منزله كالمعتقل فيه، لا يركب ولا يراه أحد، فأحضره إليه وركب معه، وكذلك الأمراء الذين قدموا من الديار المصرية: طُنَيْرق (٤) ، وهو أحد أمراء الألوف وطَيْدَمُر الحاجب، كان، وأما ابن صُبْح وعمر شاه فإنهما كانا قد سافرا يوم الجمعة عشية النهار، والمقصود أنه سيَّرهم وجميع الأمراء بسوق الخيل، ونزل بهم كلهم إلى دار السعادة فتعاهدوا وتعاقدوا واتفقوا على أن يكونوا كلّهم كتفًا واحدًا، وعصبة واحدة على مخالفة من أرادهم بسوءٍ وأنهم يد على من سواهم ممّن أراد عزل أحد منهم أو قتله، وأن من قاتلهم قاتلوه، وأن السلطان هو ابن أستاذهم الملك المنصور بن حاجي بن الناصر بن المنصور قلاوون، فطاوعوا كلهم لنائب السلطنة على ما أراد من ذلك، وحلفوا له وخرجوا من عنده على هذا الحلف، وقام نائب السلطنة على عادته في عظمة هائلة، وأُبَّهة كثيرة، والمسؤول من اللَّه حسن العاقبة.
(١) في ط: تنبيع وهو تطبيع. (٢) في الذيل للحسيني ص (٣٤٠): برتاق بالتاء. (٣) هكذا في ط، ولعل الصواب: بخططها. (٤) في ط: "طبترق" وقد ذكر قبل قليل.

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