Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il est rapporté que Sulaymân Ibn ‘Abd al-Malik Ibn Marwân sortit un jour pour la prière du vendredi. Il était de belle apparence, portant un habit vert, encore jeune et plein de vigueur. Il se contemplait dans son vêtement et sa prestance, et s’en trouva satisfait. Lorsqu’il parvint à la cour de sa demeure, une créature d’entre les djinns, ayant pris l’apparence d’une de ses concubines, vint à sa rencontre et lui récita :

« Tu es, certes, un bien précieux si seulement tu pouvais demeurer…
Mais il n’existe aucune immortalité pour l’être humain.
À ma connaissance, je ne vois en toi aucun défaut à relever,
Hormis le fait que tu es voué à périr. » (1)

Il monta ensuite sur la chaire de la grande mosquée de Damas pour prononcer son prône. Il avait une voix puissante, audible pour tous ceux qui se trouvaient dans la mosquée alors qu’il s’exprimait depuis le minbar. Mais peu à peu, sa voix s’affaiblit, au point que même les personnes dans la tribune voisine ne l’entendirent plus. Après la prière, on le ramena chez lui. Il fit alors appeler la concubine dont la djinniya avait pris l’apparence et lui demanda : « Comment m’as-tu récité ces deux vers ? » Elle répondit : « Je ne t’ai rien récité du tout. » Il s’exclama alors : « Dieu est le plus Grand ! Ma propre mort vient de m’être annoncée. » Puis il désigna par testament son cousin ‘Umar Ibn ‘Abd al-‘Azîz comme calife après lui (2).

Dans le même temps, l’ex-gouverneur de Tripoli arriva gravement malade, accompagné de l’émir Sayf ad-Dîn Asandamur (3), qui avait été gouverneur de Damas ; tous deux avaient séjourné ensemble à Tripoli. Ils parvinrent au Palais de la Félicité dans la matinée du samedi 26 (du mois), mais le représentant du sultanat ne leur accorda pas d’accueil solennel.

Au cours de ce mois s’achevèrent les travaux de réfection du portique situé à l’ouest de la porte des Nâtifâniyyîn : on en répara les balustrades, on en blanchit les murs et le mihrab, et on y fit poser des fenêtres dans les garde-corps. Par ailleurs, on y institua une lecture du Coran après la prière du maghrib. Selon les dires, quelqu’un raconta un songe qu’il fit au représentant du sultanat, lequel ordonna alors ces rénovations.

Ce même mois, la construction de l’école attenante à cet endroit, en face de la fenêtre, reprit. Son premier fondateur en avait été ‘Alam ad-Dîn Ibn Hilâl (4), mais après qu’il eut été confisqué, l’édifice fut annexé au sultan. On bâtit désormais au-dessus des fondations, aménageant cinq fenêtres à l’est, une porte au sud et un mihrab, ainsi qu’un bassin de style irakien. Les murs furent érigés en pierres blanches et noires, puis on termina la partie supérieure en briques. Le résultat fut d’une grande beauté. Le sultan an-Nâsir Hasan avait prescrit d’en faire une école pour orphelins, mais cette disposition ne fut pas menée à son terme avant qu’il ne fût tué, comme nous l’avons mentionné (5).

(1) Les deux vers se trouvent dans "ʿUyūn al-Akhbār" (2/17), où ils sont attribués au poète Mūsā Shahwāt, et se lisent ainsi : « Il n'y a en toi aucun défaut selon notre avis... Les gens ne t'ont critiqué que parce que tu es éphémère. Tu es la meilleure des possessions si tu restais... mais hélas, la vie humaine est vouée à disparaître. » Cette anecdote est rapportée par Ibn Khallikān dans "Wafayāt al-Aʿyān" (3/421), qui cite les vers dans leur formulation comme ici. (2) Sulaymān est mort à Dābīq, et il est probable que cette histoire a été fabriquée par les prédicateurs. Cf. Ibn Khallikān, "Wafayāt al-Aʿyān" (3/420) et Ibn Khaldūn (3/74). (3) Dans l'édition : Istudmir. (4) Il s'agit de Sanǧar b. ʿAbd Allāh an-Najmī, qui était esclave affranchi d'Ibn Hilāl. (5) Il s'agit de l’école al-Jaqmaqiyya al-Dāris (1/489) et de "Munādmat al-Aṭlāl", p. 160. Elle a été fondée par le maître Sanǧar al-Hilālī, détruite lors de la fitna de Tīmūr Lang, puis Saif ad-Dīn Jaqmaq la fit reconstruire lorsqu'il gouvernait Damas en 822 de l’hégire.
ورُوي عن سليمان بن عبد الملك بن مروان أنّه خرج يومًا لصلاة الجمعة، وكان سَوِيَّ الخلق حسنَهُ، وقد لبس حُلة خضراء، وهو شاب ممتلئ شبابًا، وينظر في أعطافه ولباسه، فأعجبه ذلك من نفسه، فلمّا بلغ إلى صرحة الدار تلقته جِنِّية في صورة جارية من حظاياه فأنشدته: أنتَ نعمَ المتاع لو كنتَ تبقى … غير أن لا حياةَ للإنسانِ ليسَ فيما علمتُ فيك عيـ … ـب يذكرُ غيرَ أنكَ فانِ (١) فصعد المنبر الذي في جامع دمشقَ وخطب الناس، وكان جهوري الصوت يسمع أهل الجامع وهو قائم على المنبر، فضعف صوته قليلًا قليلًا حتى لم يسمعه أهل المقصورة، فلمَّا فرغ من الصلاة حمل إلى منزله فاستحضر تلك الجارية التي تبدَّت تلك الجِنِّية على صورتها، وقال: كيف أنشدتيني تينك البيتين؟ فقالت: ما أنشدتك شيئًا. فقال: اللَّه أكبر نُعيت واللَّه إليَّ نفسي. فأوْصى أن يكون الخليفة من بعده ابن عمه عمر بن عبد العزيز (رحمه الله) (٢) . وقدم نائب طرابُلُس المعزول عليلًا والأمير سيف الدين أسَنْدَمُر (٣) الذي كان نائب دمشق وكانا مقيمان بطرابُلُس جميعًا، في صبيحة يوم السبت السادس والعشرين منه، فدخلا دار السعادة فلم يحتفل بهما نائب السلطنة. وتكامل في هذا الشهر تجديد الرِّواق غربي باب الناطفانيين إصلاحًا لدرابزيناته وتبييضًا لجدراشه ومحرابه، وجُعل له شبابيك في الدّرابزينات، ووقف فيه قراءة قرآن بعد المغرب، وذكروا أن شخصًا رأى منامًا فقصَّه على نائب السلطنة فأمر بإصلاحه. وفيه نهض بناء المدرسة التي إلى جانب هذا المكان من الشباك، وقد كان أسسها أولًا علَم الدين بن هلال (٤) ، فلمّا صودر أُخذت منه وجُعلت مضافة إلى السلطان، فبنوا فوق الأساسات وجعلوا لها خمسة شبابيك من شرقها، وبابًا قبليًا ومحرابًا، وبركة عراقية، وجعلوا حائطها بالحجارة البيض والسود، وكمَّلوا عاليها بالآجر، وجاءت في غاية الحسن، وقد كان السلطان الناصر حسن قد رسم بأن تُجعل مكتبًا للأيتام فلم يتم أمرها حتى قتل كما ذكرناه (٥) .
(١) البيتان في عيون الأخبار (٢/ ١٧) وهي منسوبة فيه للشاعر موسى شَهَوات ولفظها: ليس فيما بدا لنا منك عيبٌ … عابه الناسُ غير أنك فاني أنت خير المتاع لو كنت تبقى … غير أنْ لا بقاء للإنسان وأورد الحكاية ابن خلكان في وفيات الأعيان (٣/ ٤٢١) وذكر الأبيات بلفظها كما أوردتها هنا. (٢) سليمان مات في دابق، ولعلّ الحكاية من وضع الوعاظ. وفيات الأعيان (٣/ ٤٢٠) ابن خلدون (٣/ ٧٤). (٣) في ط: استدمر. (٤) هو: سنجر بن عبد اللَّه النجمي، وهو مولى ابن هلال. (٥) هي المدرسة الجقمقية الدارس (١/ ٤٨٩) ومنادمة الأطلال ص (١٦٠). أسسها المعلم سنجر الهلالي، وخربت في فتنة تيمورلنك، فأعاد سيف الدين جقمق إعمارها أثناء نيابته على دمشق سنة (٨٢٢ هـ).

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