Ils se rencontrèrent dans la banlieue du Caire, où ils se trouvaient installés dans des campements, et, après toutes sortes de calculs, le sultan fut vaincu. Des membres des deux camps périrent, et le sultan se réfugia dans la Citadelle de la Montagne. « Point d’issue, point d’abri, nul ne peut échapper à la destinée. » L’armée tout entière passa la nuit entourant la citadelle. Le sultan tenta la fuite durant la nuit, sur des dromadaires préparés à cet effet, afin de s’échapper jusqu’à al-Karak. Mais à peine fut-il sorti qu’il fut saisi, arrêté et conduit chez Yalbugha al-Khāṣṣakī déjà mentionné. Ce fut alors la dernière fois qu’il fut vu, le mercredi 9 Jumādā al-Ulā de cette année-là.
Le pouvoir et la consultation échurent à l’émir Sayf al-Dīn Yalbugha al-Khāṣṣakī. Après concertation et accord unanime, on prêta allégeance au roi al-Manṣūr Ṣalāḥ al-Dīn Muḥammad, fils d’al-Muẓaffar Ḥājī. Des prédicateurs le proclamèrent, on frappa des monnaies à son nom, et les messagers partirent annoncer l’investiture sous son auguste nom. Il avait alors douze ans, d’autres dirent quatorze, tandis que certains affirmaient seize. Il fut ordonné de rétablir la situation telle qu’elle était du temps de son père al-Nāṣir Muḥammad b. Qalāwūn, d’invalider tout ce qu’avait perçu le roi al-Nāṣir Ḥasan, de rétablir toutes les soldes et subventions qu’il avait supprimées. Il ordonna également la libération de Tāz (1) et de Taštamur (2) al-Qāsimī de la prison d’Alexandrie (3) pour qu’ils soient présentés devant lui, afin qu’ils exercent la fonction d’atābak (4).
La nouvelle parvint à Damas en compagnie de l’émir Sayf al-Dīn Buzlār, responsable de la Turbakhanāh, l’un des émirs des ṭablkhānāt du Caire, le matin du mercredi 16 du mois. Des réjouissances s’élevèrent alors dans la Citadelle, et les tambours des émirs résonnèrent à leurs portes. La ville fut entièrement ornée, et l’on prêta serment à son nom au matin même à Dār al-Saʿāda. Le vice-sultan reçut un somptueux habit d’honneur. La plupart des émirs, des soldats et du peuple s’en réjouirent. C’est Dieu qui ordonne toute chose, et le jugement Lui appartient.
Le Très-Haut a dit :
« Dis : “Ô Dieu, Maître de la royauté ! Tu donnes la royauté à qui Tu veux, et Tu arraches la royauté à qui Tu veux. Tu élèves qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux.” » [Āl ʿImrān : 26]
On trouva sur une pierre à al-Ḥimyariyyah un texte que l’on présenta à al-Maʾmūn, où il était écrit :
« Tant que la nuit et le jour s’alternent,
Et que tournent dans le firmament les étoiles du ciel,
C’est pour transférer la félicité d’un roi dont le pouvoir prend fin
Vers un autre roi.
Quant au règne du Maître du Trône, il demeure à jamais,
Il ne peut ni disparaître, ni se partager. » (5)