Il acquiesça à leur demande, à condition qu’elle fût confirmée par la couronne de Bagdad. Il leur attribua une dotation souveraine et leur offrit de riches présents, des robes d’honneur et d’importantes sommes d’argent. Il donna également pour instruction à l’émissaire d’acheter un village sur les fonds du trésor public, afin de doter la khanqah qu’il projetait d’établir à Damas, près de (At-)Tawâwîs. Celui qui sortit pour l’accueillir était le suppléant (Nâʾib al-ghaybah), c’est-à-dire le chambellan, accompagné des dignitaires de l’État et des notables.
J’ai lu, le dimanche septième jour du mois de Rabîʿ al-âkhir, une lettre arrivée d’Alep, rédigée de la main du juriste intègre Shams ad-Dîn al-ʿIrâqî, originaire de cette ville. Il y rapportait qu’il se trouvait, le lundi dix-septième du mois de Rabîʿ al-awwal, en présence du représentant du sultanat au Dâr al-ʿAdl, lorsqu’on fit comparaître un homme à qui venait de naître un enfant ayant vécu une heure avant de mourir. Cet homme avait apporté le corps de l’enfant, et tous les présents purent le voir, y compris l’auteur de la lettre. C’était un petit être constitué normalement, mais portant sur chaque épaule une tête à visage rond, avec les deux visages orientés du même côté. Gloire donc au Créateur Omniscient (1).
Il nous parvint également qu’au cours de ce même mois, le minaret édifié pour la madrasa (2) sultanienne au Caire s’était effondré. Il avait été construit d’une manière singulière : deux minarets reposant sur la même base, érigés au-dessus de la voûte de la porte de ladite madrasa. En s’écroulant, il tua de nombreux ouvriers travaillant à l’école, ainsi que des passants et des enfants du kuttâb (école coranique) de la madrasa. Selon les dires, seuls six enfants en réchappèrent, et le nombre total de victimes s’éleva à près de trois cents âmes ; certains avancent un chiffre supérieur, d’autres inférieur. « Nous sommes à Dieu et c’est vers Lui que nous faisons retour » (4).
Le représentant du sultan, l’émir Sayf ad-Dîn Baydamur, sortit le lundi vingt-neuvième du mois (qui en était le dernier jour) pour se rendre à la forêt, procéder à son entretien et éliminer les arbres nuisibles et les broussailles. Tous les officiers et les soldats l’accompagnaient sans exception. Ils travaillèrent de leurs propres mains, aidés de leurs serviteurs, et firent venir une foule de paysans de la plaine (al-marj) et de la Ghouta, entre autres. L’émir revint le samedi cinq du mois suivant, après qu’ils eurent débarrassé les lieux de toute végétation invasive et de toute obstruction.
Un événement étrange advint à l’un des mendiants : un groupe d’entre eux s’était assemblé avant l’aube, pour recevoir du pain issu de l’aumône liée à la fondation d’une femme, épouse de l’émir Tankiz, près de la porte al-Khawâṣṣîn. Ils se mirent à se battre entre eux et s’en prirent violemment à l’un d’eux : ils l’étranglèrent, lui dérobèrent un sac contenant environ quatre mille dirhams, ainsi qu’une petite quantité d’or, puis s’enfuirent rapidement. Lorsqu’il recouvra ses esprits, ils avaient disparu. Il porta plainte auprès du responsable de la ville, mais jusqu’à présent, on ne les a pas retrouvés. C’est ce que m’a rapporté la personne qui