Puis débuta l’année sept cent soixante-deux. Elle commença sous de bons auspices, tandis que le sultan de l’Islam dans les provinces d’Égypte et de Syrie, des Deux Lieux Saints et de leurs dépendances, était al-Malik an-Nâsir Ḥasan, fils d’al-Malik an-Nâsir Muḥammad, fils d’al-Malik al-Manṣūr Qalāwūn aṣ-Ṣāliḥī. Il n’avait pas de lieutenant dans les provinces égyptiennes, et les juges y étaient les mêmes que l’année précédente, de même que le vizir, qui était le cadi Ibn al-Khaṭīb.
Le lieutenant de Syrie à Damas était l’émir Sayf ad-Dīn Baydamur al-Khwârazmî. Quant aux juges, au khatib, aux autres notables (ashrāf), à l’inspecteur de l’armée (nāẓir al-jaysh) et au muḥtasib, ils restaient ceux de l’année précédente. Le vizir était Ibn Qarawînah(1), et le secrétaire d’État (kātib as-sirr) le cadi Amīn ad-Dīn Ibn al-Qalânsî. L’intendant de la trésorerie (wakīl bayt al-mâl) était le cadi Ṣalâḥ ad-Dīn aṣ-Ṣafdî, l’un des quatre scribes chargés de sceller les décrets (muwaqqiʿū ad-dust). Le superviseur des biens immobiliers (shâd al-awqâf) était l’émir Nāṣir ad-Dīn Ibn Faḍl Allâh, et le ḥâjib al-ḥujjāb al-Yūsufî, parti vers les provinces égyptiennes pour y assumer la fonction d’émir jundār. L’administration de la ville était confiée à Nāṣir ad-Dīn, et le naqīb an-nuqabā’ (chef des noble lignées) était Ibn ash-Shujāʿî.
Au matin du lundi 6 muḥarram, arriva l’émir ʿAlî(2), lieutenant de Ḥamā, qui quitta cette ville pour entrer à Damas en transit vers les provinces égyptiennes. Il s’établit d’abord au Qaṣr al-Ablaq, puis se rendit dans la maison du duwaydār Yalbughâ, lequel y avait construit de nombreux logements dans le quartier des Qaṣāʿîn. Les gens allèrent lui présenter leurs hommages, et il y demeura jusqu’au matin du jeudi 9, jour où il partit pour l’Égypte.
Le dimanche 19 muḥarram, Ḥasan Ibn al-Khayyāṭ fut amené du quartier de Shâghūr devant le tribunal maliki, depuis la prison, pour débattre de la foi de Pharaon. On avait porté contre lui plusieurs accusations, car il défendait l’idée que Pharaon (que Dieu le maudisse) avait cru, et il confirma ces prétentions tant par ses premiers aveux que lors de deux autres débats. C’était un vieillard, ignorant et inculte (dāʾiṣ(3)), incapable de formuler un raisonnement valable ou d’en construire la preuve. Il fondait sa position sur un soupçon ancré dans son esprit, s’appuyant sur la Parole du Très-Haut(4) à propos de Pharaon, au moment où celui-ci fut submergé par les flots, acculé et voyant vainement le châtiment divin s’abattre sur lui : « J’ai cru qu’il n’est de dieu que Celui en qui ont cru les fils d’Israël, et je suis du nombre des soumis(5). » Dieu – qu’Il soit exalté – a dit : « Maintenant ? Alors que tu as désobéi auparavant et que tu fus parmi les corrupteurs ? (91) Nous allons aujourd’hui épargner ton corps afin que tu deviennes un signe pour ceux qui te succéderont. » [Yûnus : 90-92]. Ce vieil homme crut que cette foi exprimée dans ces circonstances extrêmes pouvait alors profiter à Pharaon.
Or, le Très-Haut a dit : « Lorsqu’ils virent Notre rigueur, ils dirent : “Nous croyons en Dieu, Lui seul, et nous renions ce à quoi nous avons donné des associés.” (84) Mais leur foi ne pouvait plus leur être utile, quand ils virent Notre rigueur : telle est la loi de Dieu qui a déjà été appliquée à Ses serviteurs. Et c’est là que périrent les mécréants. » [Ghâfir : 84-85]. Le Très-Haut a également dit :