On ordonna aux musulmans de délaisser la tenue des étrangers et des mages, interdisant à quiconque parmi eux d’entrer sur les terres du sultan tant qu’il ne renonçait pas à cet habit innové et à ce vêtement répréhensible. Quiconque ne s’y conformait pas devait être puni selon la loi religieuse et chassé de son poste avec fermeté. Il aurait également été indiqué de leur enjoindre de renoncer à la consommation de la vile « herbe » et d’établir la peine légale contre ceux qui la mangeraient ou s’en enivreraient (1), ainsi que l’ont décrété certains jurisconsultes. C’est dans ce but qu’on les interpella à ce sujet dans toutes les contrées de la ville et ses environs, au matin du mercredi – louange à Dieu pour Sa grâce et Sa bienveillance (2).
[Nous avons également appris, dans ce même mois, la nouvelle du décès] du vertueux cheikh Aḥmad (3) ibn Mūsā al-Zurʿī dans la ville de Ḥibrāṣ (4), survenu le mardi cinq Dhu al-Ḥijja. Il fut de ceux que Dieu éprouva par l’ordre du bien et l’interdiction du mal, se consacrant aux intérêts de la population auprès du sultan et de l’État, jouissant d’un crédit à la fois auprès des notables et de la multitude. Qu’Allah lui fasse miséricorde.
Quant à l’émir Sayf al-Dīn Kajak ibn Lāqūsh (5), qui exerça auparavant les fonctions de ḥājib à Damas et occupa un rang éminent, il fut ensuite destitué de tous ses postes et exilé par le sultan à Tripoli, où il mourut.
Par ailleurs, le lieutenant du sultan, l’émir Sayf al-Dīn Baydamur, revint des terres d’Égypte après avoir reçu de la part du sultan un accueil et une générosité considérables. Il passa par la ville sainte de Jérusalem, où il séjourna durant le jour de ʿArafa et la fête du Sacrifice, puis il prit la route de la forêt d’Arsūf (6) pour y chasser. Mais un malaise l’en empêcha, si bien qu’il hâta son voyage et entra à Damas le matin du lundi vingt-et-unième du mois, avec un faste imposant, une grande autorité et une réputation grandissante. La foule sortit pour l’observer et le contempler à son arrivée ; il faisait son entrée vêtu d’un qabāʾ (cape) somptueux et brodé, précédé du cortège habituel de ḥawfiyya, de shālīshiyya et d’autres gardes. Il avait l’intention de faire preuve de bienveillance envers ses administrés et d’examiner l’état des biens waqfs en vue de les réformer dans l’esprit de Tankiz, qu’Allah lui fasse miséricorde. Ainsi s’achève le récit, et Dieu est plus savant.