Il demeura en prison, comme s’il leur tenait les cordes pour qu’ils y descendent. La réprobation du vice-sultan (nā’ib as-salṭana) envers le gouverneur de la citadelle (nā’ib al-qalʿa) s’intensifia, et il frappa ses deux fils – dont l’un était naqīb – ainsi que son frère, avant de les jeter en prison. Il fit également part de cette affaire au sultan. Alors parvint le décret ordonnant la destitution du gouverneur de la citadelle, son expulsion du lieu, et sa convocation pour rendre compte des sommes prélevées sur les finances sultaniennes durant ses six années d’exercice. Il démit aussi son fils de la fonction de naqīb et l’autre de sa charge d’intendant auprès du sultan. Ainsi furent-ils dépouillés de leur gloire et plongés dans leur disgrâce.
Le lundi dix-sept du mois, l’émir Tāj ad-Dīn Jibrīl arriva de la part de l’émir Sayf ad-Dīn Baydamur, gouverneur d’Alep, après avoir conquis deux villes de la région de Sīs, à savoir Ṭarsūs et Adana. Il envoya leurs clés, confiées à ce même Jibrīl, au sultan – que Dieu le soutienne. Puis il s’empara encore de nombreuses forteresses, en un temps très court et pour un effort minime. Le cadi Nāṣir ad-Dīn, secrétaire d’État (Kātib as-Sirr), prononça un sermon remarquable, empreint d’éloquence. J’ai lu dans une lettre que les portes de l’église d’Adana furent transportées par bateau vers les terres d’Égypte (1).
Je dis quant à moi : il s’agit là des portes de la Nāṣiriyya, situées au pied de la colline, que Sīs avait emportées l’année de l’invasion de Qāzān, c’est-à-dire en 699 de l’Hégire. Elles furent alors recouvrées, louange à Dieu, au cours de cette même année.
Vers la fin de ce mois, nous apprîmes que le shaykh Quṭb ad-Dīn Hirmās, qui avait été le maître spirituel du sultan, fut chassé de la cour de son protecteur, battu et dépouillé de ses biens. Sa maison fut rasée jusqu’aux fondations, et il fut exilé à Masyaf. En chemin, il passa par Damas et s’installa à la madrasa al-Jalāliyya (2) juste devant Bāb al-Faraj. Je lui rendis visite – comme beaucoup d’autres – et je le trouvai d’une noble prestance, s’exprimant clairement dans un bon arabe ; il jouissait de mérite, conjugué à l’humilité et à une démarche spirituelle. Puissent Dieu lui accorder une bonne fin ! Il se rendit ensuite à l’établissement d’al-ʿAdhrāwiyya.
Le samedi matin, septième jour de rajab, le shaykh Sharaf ad-Dīn Aḥmad (3) ibn al-Ḥasan ibn le cadi al-Jabal de rite hanbalite partit pour l’Égypte, convoqué par le sultan par la poste (barīd) afin d’enseigner à la communauté hanbalite dans l’école établie par le sultan au Caire al-Muʿizziyya. Les cadis et les notables l’accompagnèrent hors de la ville pour le saluer en chemin. Puisse Dieu le préserver. C’est la fin de l’information, et Dieu le Très-Haut est le plus savant.
Arriva l’arrestation du vice-sultan Asandamur al-Yaḥyāwī (4). Au matin du mercredi vingt-cinquième de rajab, on saisit le vice-sultan, l’émir Sayf ad-Dīn Asandamur – frère de Yalbughā al-Yaḥyāwī – à la suite d’une missive parvenue du sultan avec le petit dawādār (secrétaire), tandis que ce dernier se déplaçait à cheval ce jour-là.