Vers la fin de ce mois, l’émir Nāṣir ad-Dīn Muḥammad (1), fils du dawādār at-Tankizī, décéda. Il jouissait d’un grand prestige auprès de son maître et occupait un rang élevé, ayant atteint l’apogée de la félicité dans sa fonction. Puis Dieu détourna de lui le cœur de son maître, qui le frappa, lui confisqua ses biens, le destitua et l’emprisonna. Sa réputation déclina aux yeux des gens, si bien qu’il en vint à se tenir, juché sur son cheval, auprès de ses anciens subordonnés, leur achetant diverses choses et marchandant avec eux, auprès de qui il emportait ses besoins sur sa selle. Ainsi, il devint un exemple dont on parlait partout, après avoir pourtant joui de l’éclat, du prestige, de la richesse et de la puissance qu’implique la fonction de dawādār dans ce bas monde. Il est dans l’ordre de Dieu qu’Il n’élève rien ici-bas sans ensuite l’abaisser.
Le dimanche matin du dix-septième jour, al-Muʿallim al-Hilālī et ses deux fils furent libérés, après avoir été détenus à la citadelle Manṣūra. Leurs maisons et leurs biens leur furent restitués, hormis l’argent trouvé chez lui – trois cent vingt mille – qui fut saisi. On apposa des scellés sur ses documents afin de tenir conseil à ce sujet, de sorte qu’il récupère son capital, conformément à la parole du Très-Haut : « Et si vous vous repentez, vous pourrez garder vos capitaux, sans léser ni être lésés » (Coran 2 : 279). On annonça publiquement que tout cela lui avait été imposé parce qu’il ne s’acquittait pas de la zakāt et pratiquait l’usure ; le chambellan du sultan, le gouverneur de la ville, ainsi que d’autres notables portant le turban, allèrent en informer la population dans les marchés et aux quatre coins de la cité.
Le vingt-huit du même mois, arriva le noble décret sultanien ordonnant la libération des fonctionnaires et leur retour auprès de leurs familles. Les gens se réjouirent de ce texte qui les délivrait des lourdes peines et confiscations dont ils souffraient, mais ils ne purent poursuivre comme auparavant leurs charges.
Plus tard dans le mois, le shaykh Shihāb ad-Dīn al-Maqdisī, le prédicateur, récemment arrivé d’Égypte, s’exprima face au miḥrāb des Compagnons. Un grand nombre de personnes affluèrent, parmi lesquelles figuraient le juge suprême shāfiʿite et le juge suprême mālikite. Il aborda l’exégèse de versets coraniques et fit référence à certains symboles soufis, avec des formulations limpides, éloquentes, douces et pénétrantes pour les cœurs, suscitant un grand profit spirituel. Il prit congé des fidèles en annonçant son retour dans sa patrie. Quand il invoqua Dieu, il engagea l’assistance à se lever, et tous se levèrent au moment de l’invocation. Je l’ai rencontré en cette même assemblée : il m’est apparu d’une belle prestance, sachant s’exprimer avec courtoisie et élégance. Puisse Dieu l’améliorer ainsi que nous, Amen.
Au début du mois de Jumādā al-Ākhira, l’émir Sayf ad-Dīn Baydamur, gouverneur d’Alep, partit en expédition militaire pour attaquer les terres de Sīs à la tête d’une armée, puisse Dieu l’assister par la victoire et le soutenir.
Toujours au premier jour de ce mois, les habitants de la citadelle virent un groupe d’émirs bédouins descendre depuis les hauteurs de leur salle à l’aide de turbans et de cordes jusqu’au fossé ; ils le traversèrent à gué et quittèrent les lieux près du pont de Zalabiyya (3). Deux d’entre eux s’enfuirent, et le troisième fut arrêté