Les gens se mirent à pleurer par compassion et par pitié pour leur père, puis certains furent relâchés, à savoir les plus faibles et les pauvres qui ne possédaient rien. L’amende demeura toutefois imposée aux notables, tels que le Ṣāḥib (1) et les mustawfīn, puis on les soumit à une revendication plus sévère et on les frappa durement. On imposa au Ṣāḥib une forte somme, au point qu’il dut solliciter l’aide des émirs, des hautes personnalités et des marchands, en personne et par écrit. Ils lui accordèrent un montant considérable, approchant ce qui lui était réclamé, après l’avoir dévêtu pour le battre, mais on l’épargna finalement. On apprit alors qu’il avait été remplacé par un autre provenant des terres d’Égypte. Fin (1).
Mort de Fayyâḍ ibn Muhannâ (2)
La nouvelle en parvint le samedi dix-huit du mois, ce qui mit de nombreuses personnes en joie. On adressa au sultan l’annonce de cette bonne nouvelle, car il (Fayyâḍ) s’était soustrait à l’obéissance et s’était séparé de la communauté. Il mourut donc d’une mort « jâhilienne » (païenne) sur une terre de dissension et d’hypocrisie. J’ai relaté à son sujet certaines actions qu’il avait commises : l’oppression des gens, le fait de rompre le jeûne durant le mois de Ramadan sans aucune excuse valable, et son ordre à ses compagnons et à ses proches de faire de même au cours de ce mois passé. « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous revenons ». Il avait dépassé soixante-dix ans. Fin, et Dieu sait mieux.
Un événement très étrange :
l’affaire du maître Sanjar, esclave affranchi d’Ibn Hilal
Le vingt-quatrième jour de Rabî‘ al-Âkhir, on libéra le maître al-Hilâlî après qu’il eut versé la somme totale de six cent mille dirhams. Il passa la nuit chez lui, près de la porte des Nâṭifâniyyîn (3), dans la joie d’avoir recouvré sa liberté. Mais au matin, alors qu’il se rendait au hammam, un courrier arriva du sultan depuis les terres égyptiennes, ordonnant la saisie de ses biens et de ses possessions. Dès lors, la garde personnelle, les chefs (nuqabâ’) et leurs auxiliaires affluèrent de toutes parts, se rendirent à sa demeure et la confisquèrent avec tout ce qu’elle contenait. Ils lancèrent aussi un mandat contre lui et ses deux fils. Ses femmes furent contraintes de quitter la maison dans une situation pénible ; on fouilla même les femmes, leur retirant bijoux, pierres précieuses et objets de valeur. Le peuple et la foule se rassemblèrent, tandis que certains juges arrivèrent avec leurs témoins pour inventorier les biens, les actes et les gages. On amena le maître pour l’interroger et clarifier les faits ; on découvrit dès le premier jour trois cent soixante-dix mille dirhams en argent, ainsi que d’autres coffres clos qui n’avaient pas été ouverts et des réserves encore inaccessibles à cause du manque de temps. Le lendemain, dimanche, on recommença de même, avec une garde postée aux portes et sur les toits afin d’éviter toute intrusion nocturne. Quant à lui et à ses fils, ils passèrent la nuit dans la citadelle al-Manṣûrah, sous bonne garde. Beaucoup de gens furent pris de compassion à la vue du grand malheur qui s’abattit sur lui si peu de temps après le précédent. Fin (4).