Au début de ce mois, qui se situe courant février, il tomba une pluie abondante, ainsi qu’une forte neige. Les vergers, qui étaient privés d’eau depuis plusieurs mois, furent alors irrigués. Jusque-là, personne ne parvenait à se procurer de l’eau pour l’arrosage qu’au prix d’une grande peine, de lourdes dépenses et d’un coût considérable, au point que les gens en venaient presque à se battre à mains nues et à coups de bâtons, consentant toutes sortes de largesses pour obtenir de l’eau. Cela se produisit au cours des mois de décembre, de janvier et au début de février, à cause de la rareté et de la faiblesse du débit des cours d’eau. Il en allait de même dans les régions de Hauran, où la plupart des habitants devaient puiser à des sources distantes durant ces mois. Puis, par la grâce de Dieu, les vallées se mirent à couler, les pluies et les neiges abondèrent, et les fleuves grossirent ; louange et reconnaissance Lui soient rendues. Les précipitations se succédèrent de telle sorte qu’il y eut, cette année, des crues continues depuis le mois de décembre jusqu’à février, au point que février prit l’allure d’un mois de décembre, tandis qu’en décembre même, aucun chéneau ne laissa couler la moindre eau.
En ce même mois, l’émir Saïf ad-Dîn Manjak arriva dans la noble Jérusalem pour construire, à l’intention du sultan, une madrasa et un khanqah à l’ouest de la mosquée sacrée. L’ordre (firman) qui lui avait été rédigé à l’encre dorée fut apporté à Damas, où les gens purent le voir. J’ai moi-même signé sa copie. Il y était fait grand cas de lui, avec un éloge et des louanges abondants, des remerciements pour ses précédents services rendus à l’État, l’absolution de ses fautes passées et la mention de sa conduite en des termes élogieux.
Au début du mois de Rabî‘ al-âkhir, un ordre fut émis à l’encontre du maître (al-Mu‘allim) Sanjar – esclave d’Ibn Hilâl, le détenteur de grandes fortunes – dans un décret princier parvenu par courrier rapide. Il devait verser six cent mille dirhams, et l’on mit sous séquestre le bâtiment qu’il avait érigé près de la porte des Nâṭifâniyyîn afin d’en faire une madrasa. Il fut décrété que les lieux seraient transformés en école pour les orphelins, à laquelle on affecterait des revenus pour eux de manière pérenne. Il fut également ordonné de créer le même dispositif dans chacune des grandes madrasas du royaume, ce qui constitue un noble objectif. Le maître Sanjar fut remis au “shâdd ad-dawâwîn” pour qu’il recouvre sans délai le montant fixé. Il s’empressa de verser deux cent mille dirhams, qui furent expédiés vers l’Égypte sous la garde d’un émir de rang dix.
Le mercredi 15 Rabî‘ al-âkhir, un émir arriva d’Égypte, porteur d’un décret ordonnant une mise sous séquestre à l’encontre des dîwâns du sultan. En effet, ceux-ci s’étaient indûment approprié de l’argent prélevé sur les sommes destinées aux gens, notamment en aumônes sultaniennes et autres fonds. Ils furent convoqués à la Dâr al-‘Adl al-Barrâniyya et contraints de payer des sommes considérables, au point qu’ils durent vendre leurs meubles, leurs étoffes, leurs tapis et leurs biens. Il fut même rapporté que l’un d’eux, ne possédant plus rien, conduisit ses filles sur l’estrade pour les vendre, et tous ceux qui furent témoins de la scène étaient en larmes.