L’entrée du lieutenant du sultan, l’émir Sayf al-Dîn Asandamur al-Yahyaawî
Au matin du lundi onzième Shaʿbân de cette année, l’émir Sayf al-Dîn Asandamur al-Yahyaawî fit son entrée en tant que vice-gouverneur de Damas, envoyé depuis les territoires égyptiens. Les gens l’accueillirent avec de grandes festivités. Je l’ai vu lorsqu’il mit pied à terre pour embrasser le seuil, accompagné de l’émir Sayf al-Dîn Baydamur, qui occupait la fonction de ḥājib al-ḥujjāb (maître des cérémonies) et venait d’être désigné comme gouverneur de la bien gardée Alep. Il se tourna vers la qibla (direction de la prière) et s’y prosterna, tandis que des tapis et un large coussin étaient disposés pour lui. Puis il remonta à cheval, toujours soutenu par Baydamur, et se dirigea vers le cortège officiel. Il y fut installé, avant de regagner la Dār al-Saʿāda (Maison du Bonheur), suivant la coutume de ceux qui l’avaient précédé dans cette charge.
À la fin de la journée, parvint le document officiel (1) nommant l’émir Sayf al-Dîn Baydamur au poste de gouverneur de la bien gardée Alep.
Le mardi en fin d’après-midi, le messager annonçant la bonne nouvelle arriva, porteur d’un décret noble stipulant l’exil du juge Bahāʾ al-Dîn Abū al-Baqāʾ, de ses fils et de sa famille à Tripoli, sans fonction aucune (2). Cela fut très pénible pour lui, pour ses proches et pour ceux qui le soutenaient. De nombreuses personnes en furent attristées. Il partit dans la nuit du vendredi, après avoir été autorisé à désigner un remplaçant dans ses charges. Il nomma donc son fils aîné, ʿIzz al-Dîn.
En Shawwāl, on apprit que l’émir Sayf al-Dîn Manjak, qui avait été lieutenant du sultan en Syrie (al-Shām), avait pris la fuite et qu’on ignorait ce qu’il était devenu. Puis on raconta, à cette même époque, qu’il avait été arrêté à Ḥarrān, dans la région de Mardin, sous l’apparence d’un pauvre. Il aurait été placé en détention, et le sultan en aurait été informé. Cet épisode suscita l’étonnement de beaucoup, mais il n’y eut par la suite aucune confirmation, car ceux qui l’avaient vu pensèrent qu’il s’agissait de lui, alors qu’il ne s’agissait que d’un indigent qui lui ressemblait à certains égards.
En Dhû al-Qaʿda, la nouvelle se répandit que l’émir ʿIzz al-Dîn Fayyaḍ ibn Muhannâ, souverain des Arabes, s’était soustrait à l’autorité du sultan et était parti en direction de l’Irak. Les décrets royaux furent donc adressés aux troupes de Damas basées à al-Raḥba, soit quatre commandants à la tête de quatre mille hommes, ainsi qu’à l’armée d’Alep et à d’autres corps d’armée, leur enjoignant de le poursuivre et de le conduire devant le sultan. Ils mirent tout en œuvre, mais ne purent le rattraper ni s’aventurer derrière lui dans les étendues désertiques. La situation s’aggrava et il gagna finalement l’Irak, rendant toute poursuite impossible.
(1) Taqlîd (acte d’investiture) officiel.
(2) C’est-à-dire privé de toute charge ou fonction publique.