Le lundi treizième jour de Ṣafar, le gouverneur (nā’ib) de Tripoli, l’émir Sayf ad-Dīn [ibn] ‘Abd al-Ghanī (1), arriva et fut introduit dans la citadelle. Puis l’émir ‘Alā’ ad-Dīn ibn Abī Bakr le conduisit vers les terres d’Égypte, en le maintenant sous une étroite surveillance.
La nouvelle parvint que Manjak était parti de Ṣafad par le service postal, convoqué par le sultan. Lorsqu’il se trouva à un seul relais de poste avant Gaza, il pénétra dans le désert (tīh) avec ses serviteurs, fuyant ainsi le sultan. Ayant reçu cette information, le gouverneur de Gaza s’efforça de le poursuivre, mais ne parvint pas à le rattraper et la situation s’envenima (2). Fin du récit, et Dieu est plus savant.
La capture de l’émir ‘Alī al-Māridānī, gouverneur (nā’ib) du Shām (3) :
L’origine de l’affaire tient au fait que, le mercredi matin 22 Rajab, l’armée sortit au pied de la citadelle en grande tenue, et l’on fit sonner des réjouissances (basha’ir) dans la citadelle, du côté de la ṭārima. Les émirs arrivèrent de tous côtés avec leurs tambours (ṭablkhānāt). Celui qui assumait la direction de l’opération était l’émir Sayf ad-Dīn Baydamur, le ḥājib, tandis que le gouverneur du sultanat (nā’ib as-salṭana) se trouvait à l’intérieur de Dār as-Sa‘āda, et des messagers ne cessaient d’aller et venir entre lui et l’armée.
Puis il (le gouverneur) sortit et fut emmené sur quelques selles seulement, sous stricte surveillance, en direction de l’Égypte. Il se sentit abandonné des gens du Shām à Bāb an-Naṣr, et le peuple se mit à pleurer de pitié et de peine pour lui, eu égard à sa piété, au peu de tort qu’il causait à la population, et à ses bienfaits envers les savants, les pauvres et les juges.
Le jeudi matin 23 du même mois, on mit sous séquestre trois émirs : l’émir Sayf ad-Dīn Ṭaybughā Ḥājī, l’un des muqaddamī l-alf (chefs de mille), l’émir Sayf ad-Dīn Quṭlīṭ (4), le dawādār (l’un des hauts officiers), et l’émir ‘Alā’ ad-Dīn Aydughmush al-Māridānī, l’un des émirs chargés des ṭablkhānāt (5). Ils faisaient partie de l’entourage du gouverneur du sultanat susmentionné, étant ses familiers et ses hôtes nocturnes. C’est par leur entremise que les rémunérations, les tambours et les gratifications furent distribués aux soldats. Ils furent alors transférés à la citadelle al-Manṣūra, mis au cachot avec les autres émirs déjà détenus.
Par la suite, on apprit que l’émir ‘Alī avait été renvoyé après avoir dépassé Gaza et qu’on lui avait attribué un décret le nommant gouverneur de la forteresse de Ṣafad al-Maḥrūsa. Les choses se rétablirent, et ses proches et compagnons s’en réjouirent.
Quant au mutaṣallim (officier chargé) de Damas, qui avait reçu un vêtement d’honneur pour sa nomination à ce poste en Égypte, il arriva le jeudi 16 Rajab. Il avait pourtant demandé à plusieurs reprises à en être dispensé et baisé la terre (en signe de supplication), mais le sultan ne l’exonéra pas de cette charge. Il s’agit de l’émir Sayf ad-Dīn Asandamur (6), frère de