Au début de l’an soixante et sept cents (760 de l’Hégire), le souverain d’Égypte et de Syrie, ainsi que des autres contrées islamiques qui en relèvent, était le roi an-Nâsir Ḥasan, fils du sultan al-Malik an-Nâsir Muḥammad, lui-même fils du sultan al-Malik al-Manṣūr Qalāwūn aṣ-Ṣāliḥī.
Les juges d’Égypte au début de cette année demeuraient ceux mentionnés l’année précédente. Son vice-roi à Damas était l’émir ‘Alā’ ad-Dīn ‘Alī al-Mārdānī, et les juges du Shām (Syrie) étaient, pour la plupart, ceux cités précédemment, à l’exception du juge malikite : on avait démis Jamāl ad-Dīn al-Musallatī au profit de Sharaf ad-Dīn al-‘Irāqī. Le ḥājib al-ḥujjāb (chef des chambellans) était l’émir Shihāb ad-Dīn ibn Ṣubḥ, et la plupart des prédicateurs de la ville étaient ceux déjà signalés.
Le matin du mercredi 3 Muḥarram, l’émir ‘Alā’ ad-Dīn ‘Alī, vice-sultan, entra à Damas depuis sa fonction de gouverneur d’Alep. La population s’en réjouit et sortit à sa rencontre sur une bonne partie de la route. Le commun des gens portait des flambeaux dans les rues de la cité. L’émir Shihāb ad-Dīn ibn Ṣubḥ revêtit alors la tenue d’apparat propre à la charge de ḥājib (chambellan) de Damas, en remplacement de sa vice-royauté de Ṣafad.
Le samedi 13 de ce même mois, arrivèrent des courriers émanant des pèlerins, datés du 27 Dhū al-Ḥijja et envoyés depuis al-‘Ulā. Ils rapportaient que le maître de la ville (Médine) fut attaqué par deux fedayins (fida’iyyān) tandis qu’il revêtait la robe d’honneur du sultan, au moment où la caravane (maḥmal) entrait dans la Ville Noble (Médine). Ces deux hommes l’assassinèrent. Les serviteurs du défunt se jetèrent alors sur les pèlerins qui se trouvaient à l’intérieur de la ville, pillèrent leurs biens, tuèrent certains d’entre eux puis s’enfuirent. Ils avaient fermé les portes de la ville devant l’armée, qui en incendia ensuite une partie. Les troupes du sultan y pénétrèrent et sauvèrent les gens des mains des agresseurs.
Le maḥmal du sultan parvint à Damas le samedi 20 de ce mois, comme à l’accoutumée. Deux fedayins, ceux-là mêmes qui avaient tué le maître de la ville, précédaient la caravane. D’après les récits, le défunt se serait rendu coupable d’actes infâmes, liés à un excès d’extrémisme (ghulūw) dans le chiisme, disant notamment : « Si j’en avais eu la possibilité, j’aurais fait sortir les deux shaykhs (1) de la chambre » et d’autres paroles équivalant à un reniement de la foi, si elles sont avérées. Dieu seul sait.
Le mardi 6 Ṣafar au matin, l’émir Shihāb ad-Dīn ibn Ṣubḥ, ḥājib al-ḥujjāb, fut arrêté avec ses deux fils, également émirs, et tous furent incarcérés dans la citadelle al-Manṣūra. Après quelques jours, l’émir Nāṣir ad-Dīn ibn Khāṣ Turk (2) l’emmena en Égypte (3). Ibn Ṣubḥ fut alors entravé d’un boulet, dont on raconte qu’il fut libéré en chemin.