Il se rendit à la madrasa al-Ghazâliyya, où enseigna le grand juge (qâdî al-qudât) Bahâ’ al-Dîn Abû al-Baqâ, tandis que le juriste de rite hanafite siégeait à sa droite. J’étais présent auprès de lui, et il se mit alors à parler du jeûne du « jour de doute »(1).
Ensuite, il se dirigea avec lui vers la madrasa an-Nûriyya, où donna son cours le grand juge Jamâl al-Dîn (déjà mentionné), en présence du grand juge Bahâ’ al-Dîn. On rapporta qu’il commenta le verset : « Ô vous qui avez cru ! Soyez des défenseurs résolus de la justice » (an-Nisâ’ 4 : 135). Puis Bahâ’ al-Dîn se rendit à la madrasa al-ʿÂdiliyya al-Kabîra, où il enseigna le verset : « En vérité, Dieu vous enjoint de rendre les dépôts à leurs ayants droit. Et lorsque vous jugez entre les gens, jugez avec équité » (an-Nisâ’ 4 : 58).
Le mercredi matin, huitième jour du mois de Ramadan, arriva de la terre d’Égypte le juge de rite mâlikite. Il revêtit la robe d’honneur ce même jour et pénétra dans la maqṣûra de la grande mosquée des Omeyyades, où fut lu son décret d’investiture en présence des juges et des notables. Ce fut le shaykh Nûr al-Dîn ibn aṣ-Ṣârim, le spécialiste du hadith, qui le lut. Ce juge est le grand juge Sharaf al-Dîn Aḥmad, fils du shaykh Shihâb al-Dîn ʿAbd al-Raḥmân, lui-même fils du shaykh Shams al-Dîn Muḥammad ibn ʿAskar al-ʿIrâqî al-Baghdâdî. Il vint à plusieurs reprises en Syro-Palestine (ash-Shâm), puis s’établit dans le pays d’Égypte après avoir exercé la fonction de juge à Bagdad en tant que suppléant de Quṭb al-Dîn al-Akhaẃî. Il enseigna ensuite à la madrasa al-Mustanṣiriyya après son père et rendit la justice à Damiette, avant d’être transféré au poste de juge à Damas. C’est un shaykh de belle prestance, très affable, dont l’expression est rigoureuse. Il arbore un visage aimable lorsqu’il accueille, agit avec intégrité et droiture dans l’exercice de ses fonctions, et fait preuve d’un caractère généreux. Puisse Dieu l’assister et le guider(2).
L’émir Ṣarghitmush(3), atâbak (tuteur) des émirs dans le pays d’Égypte, fut arrêté. La nouvelle de son arrestation nous parvint le samedi 25 Ramadan de cette année, indiquant qu’il avait été saisi en présence du sultan le lundi 20 du même mois. Les récits divergent au sujet de son exécution, mais il est certain que ses biens et ses fortunes furent placés sous séquestre et que ses proches et ses partisans furent frappés d’une confiscation générale. Parmi ceux qui furent battus et contraints sous la saisie de leurs possessions se trouvait le juge Ḍiyâ’ al-Dîn(4) ibn Khaṭîb Bayt al-Âbâr. On rapporte qu’il serait décédé sous la torture. Il jouissait d’une grande renommée auprès de ceux qui se rendaient en Égypte, en particulier les habitants de Damas. Il exerça divers postes et, vers la fin de sa vie, on lui confia la supervision de tous les waqfs (fondations pieuses) relevant du sultan. Il s’occupa également de la question de la grande mosquée des Omeyyades et d’autres affaires, ce qui conduisit à priver plusieurs scribes de leurs moyens de subsistance.