Ils profitèrent de leur sabbat, si bien que Dieu Se mit en colère contre eux et les maudit pour avoir rusé en s’opposant à Son commandement et pour avoir violé Ses interdits par des stratagèmes qui, en apparence, semblaient permis à l’observateur, mais qui, au fond, étaient une contradiction totale.
Lorsqu’un groupe parmi eux se comporta ainsi, ceux qui ne participèrent pas à ce méfait se divisèrent en deux catégories : un premier groupe leur reprocha cet agissement et cette astuce visant à s’opposer à Dieu et à Sa Loi à cette époque ; quant au second groupe, bien qu’ils n’y participèrent pas, ils ne s’y opposèrent pas non plus. Au contraire, ils blâmèrent ceux qui dénonçaient, en disant : « ﴿لِمَ تَعِظُونَ قَوْمًا اللَّهُ مُهْلِكُهُمْ أَوْ مُعَذِّبُهُمْ عَذَابًا شَدِيدًا﴾ (1) », c’est-à-dire : « Quel avantage y a-t-il à les exhorter ? Car ils ont d’ores et déjà mérité le châtiment à coup sûr. » Ceux qui dénonçaient leur répondirent alors : « ﴿مَعْذِرَةً إِلَى رَبِّكُمْ﴾ », autrement dit : « nous nous acquittons de ce que Dieu nous a enjoint, à savoir ordonner le bien et interdire le mal ; nous l’accomplissons par crainte de Son châtiment, ﴿وَلَعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ﴾, peut-être cesseront-ils leur acte et Dieu les mettra à l’abri de Son châtiment et leur pardonnera s’ils reviennent et écoutent. »
Dieu – exalté soit-Il – dit ensuite : « ﴿فَلَمَّا نَسُوا مَا ذُكِّرُوا بِهِ﴾ », c’est-à-dire lorsqu’ils ne tinrent nul compte de ceux qui les avaient mis en garde au sujet de cet acte odieux, « ﴿أَنْجَيْنَا الَّذِينَ يَنْهَوْنَ عَنِ السُّوءِ﴾ », à savoir le groupe qui ordonnait le bien et interdisait le mal (2). Puis « ﴿وَأَخَذْنَا الَّذِينَ ظَلَمُوا﴾ », c’est-à-dire ceux qui commirent cette turpitude, « ﴿بِعَذَابٍ بَئِيسٍ﴾ », à savoir un châtiment sévère, cuisant et douloureux, « ﴿بِمَا كَانُواْ يَفْسُقُونَ﴾ ». Le verset décrit ensuite la nature du châtiment qui les frappa : « ﴿فَلَمَّا عَتَوْا عَنْ مَا نُهُوا عَنْهُ قُلْنَا لَهُمْ كُونُوا قِرَدَةً خَاسِئِينَ﴾ (3). » Nous rapporterons plus loin ce que transmettent les récits à ce propos.
Ce qui importe ici est que Dieu – exalté soit-Il – a fait savoir qu’Il anéantit les injustes, sauva les croyants qui dénonçaient le mal et ne s’exprima pas sur ceux qui se taisaient. Les savants ont divergé à leur sujet : certains (4) ont dit qu’ils faisaient partie des rescapés, tandis que d’autres ont affirmé (5) qu’ils étaient au nombre des détruits. L’avis correct, au regard des érudits, est le premier, et c’est la position à laquelle Ibn ‘Abbâs – l’Imam des exégètes – est finalement revenu, lors d’une controverse avec son affranchi ‘Ikrima, à la suite de quoi il l’honora en lui offrant un costume de grande valeur.
Quant à moi, je dis que s’ils ne sont pas explicitement mentionnés parmi les sauvés, c’est parce que, même s’ils désapprouvaient intérieurement cet acte immoral, ils auraient dû se conformer extérieurement à l’obligation de dénoncer, au moins par la parole ; cette dernière constitue un degré intermédiaire entre trois niveaux d’opposition au mal, dont le plus élevé est l’usage de la main et le plus faible celui du cœur. Cependant, ils furent tout de même sauvés aux côtés de ceux qui le furent, car ils ne participèrent pas à la turpitude et la réprouvèrent (6).