Le Qâdî al-ʿaskar s’y rendit, puis il fit des recommandations (waṣiyya) en faveur de son fils, de la mère de ce dernier et de son propre père. Il désigna comme exécuteurs de sa volonté l’émir ʿAlāʾ ad-Dīn ʿAlī al-Mārdānī, alors vice-sultan, ainsi que l’émir Sarghatmish. Le vice-sultan revint depuis la Thaniyya le samedi soir, entre les deux prières du soir, le vingt-quatrième (du mois). Les invocations pour lui se multiplièrent et les gens s’en réjouirent grandement. Ils prièrent aussi pour l’émir Tâz puisque celui-ci répondit favorablement en prêtant l’obéissance et sans engager de combat, malgré le grand nombre de troupes qui l’accompagnaient et la pression exercée par ses deux frères et ses proches.
J’ai rencontré le vice-sultan, l’émir ʿAlāʾ ad-Dīn ʿAlī al-Mārdānī, qui m’a informé du résumé de ce qui s’était passé depuis son départ jusqu’à son retour. Le sens de son récit est que Dieu a comblé les Musulmans d’une grande grâce, puisqu’il n’y eut aucun affrontement entre eux. Il déclara : « Lorsque Tâz parvint à al-Qutayfa et que nous étions installés près de Khān Lājīn, je lui ai envoyé un de mes Mamlouks pour lui dire : “Le décret impérial est parvenu, t’ordonnant de te rendre dans les contrées égyptiennes avec seulement dix montures. Si tu viens ainsi, sois le bienvenu. Dans le cas contraire, tu seras à l’origine de la discorde.” Alors j’ai passé la nuit du vendredi à parcourir le camp avec l’armée en tenue complète. »
Il poursuivit : « Mon Mamlouk revint vite accompagné d’un des siens, qui déclara : “Il demande à entrer comme il est parti d’Égypte, selon l’ordre reçu.” Je répondis : “Il n’y a pas d’autre possibilité que de se conformer strictement au décret du sultan, à savoir qu’il vienne avec seulement dix montures.” Il repartit, et l’émir venu d’Égypte pour l’appeler se présenta en disant : “Il te prie de le laisser entrer avec ses Mamlouks, puis, une fois dépassée la ville de Damas jusqu’à la localité de al-Kuswa, il laisserait son armée là-bas et poursuivrait lui-même avec dix montures, conformément à l’ordre.” Je répliquai : “Il n’est pas question qu’il traverse Damas ainsi, ni qu’il aille plus loin en invoquant un ordre quelconque. S’il dispose de chevaux, d’hommes et d’équipements, j’en ai bien davantage.” »
« L’émir me dit alors : “Ô Khawand, n’oublie pas l’importance de son rang.” Je répondis : “Il n’arrivera rien de plus que ce que tu entends.” Il s’en alla. Cela ne fit pas cent pas qu’un informateur à moi, infiltré à leurs côtés, me rapporta : “Ô Khawand, sache que l’armée de Ḥamāh et de Tripoli les a rejoints, ainsi que les forces de Damas venues à sa suite. Ils se sont entendus avec lui.” À cette nouvelle, je montai avec mes troupes et j’envoyai des éclaireurs en avant, leur disant de se montrer ouvertement aux troupes arrivées afin de leur faire comprendre que nous les entourions de tous côtés. À ce moment-là seulement, nous reçûmes de leur part une demande de sûreté, déclarant publiquement qu’ils étaient prêts à se soumettre et que l’émir Tâz se résoudrait à venir avec dix montures, laissant son armée à al-Qutayfa. Cela se produisit le vendredi. »
« Comme la nuit approchait, je partis avec l’armée en armes, craignant une fourberie. Mais nos espions vinrent nous informer qu’ils avaient allumé leurs feux et abandonné leurs flèches, lances et une grande partie de leurs armes. Nous fûmes alors convaincus de leur reddition et de leur adhésion à tout ce qui avait été décrété. Le samedi matin, Tâz prit ses dernières dispositions, enfourcha dix montures et gagna les terres égyptiennes. Qu’Allah soit loué et remercié ! »
Le lundi, vingt-quatrième de Ṣafar, entra Ḥājib al-Ḥujjāb(1), qui avait été emprisonné dans la citadelle de Ṣarḫad, en compagnie du Barīdī, arrivé d’Égypte à cause de lui. Plusieurs émirs et notables allèrent à sa rencontre et il fit d’importantes aumônes dans sa demeure. Ils s’en réjouirent énormément, et lui-même ainsi que les gens déclaraient qu’il était attendu en Égypte avec beaucoup d’égards.