Al-Dīn al-Kufrī(1) remplaça Najm al-Dīn al-Ṭarasūsī(2), décédé au mois de Shaʿbān de l’année précédente ; le gouverneur (nāʾib) d’Alep est Sayf al-Dīn Ṭāz, celui de Tripoli Manjak, de Hama Asandamur al-ʿUmarī, de Safad Shihāb al-Dīn ibn Ṣubḥ, de Homs Ṣalāḥ al-Dīn Khalīl ibn Ḥājī Turk(4), et de Baalbek Nāṣir al-Dīn [ibn] al-Āqūsh(5).
Le lundi matin, quatorzième jour de Muḥarram, quatre mille hommes accompagnés de quatre commandants partirent en direction d’Alep pour soutenir l’armée de cette ville, au cas où Ṭāz refuserait la sultanat conformément à l’ordre émis. Puis, le vingt-et-unième jour de Muḥarram, un crieur, mandaté par le vice-sultan (nāʾib al-salṭana), appela tous les soldats restants à s’armer et à se réunir au marché aux chevaux. Ils partirent en effet vers Thaniyyat al-ʿUqāb, afin d’empêcher l’émir Ṭāz de pénétrer dans la ville, lorsqu’il fut confirmé qu’il se dirigeait, avec son armée, vers les terres d’Égypte. Cette nouvelle troubla la population : on transféra les provisions et les femmes de la Dār al-Saʿāda à la citadelle, et de nombreux émirs se barricadèrent dans leurs maisons à l’intérieur de la ville ; on ferma la porte al-Naṣr, ce qui effraya quelque peu les habitants. Bientôt, toutes les portes de la ville furent fermées, sauf les portes al-Farādīs, al-Faraj et al-Jābiya, afin de permettre l’entrée des pèlerins. Le palanquin (al-maḥmil) arriva le vendredi matin, vingt-troisième jour de Muḥarram, sans que beaucoup ne le remarquent, car la plupart étaient occupés par l’affaire de Ṭāz et par l’ordre adressé à lʿashīr(6) de Ḥawrān.
On reçut alors la nouvelle de l’arrestation de l’émir Sayf al-Dīn Ṭaydāmur, le grand ḥājib (chambellan), en terre de Ḥawrān, et de son emprisonnement dans la citadelle de Ṣarkhad. Son épée fut apportée en compagnie de l’émir Jamāl al-Dīn al-ḥājib, pour être remise au camp, près de Thaniyya. Ṭāz parvint avec ses troupes jusqu’à la porte al-Qaṭīfa, et son avant-garde rencontra celle du gouverneur (nāʾib) de Damas sans qu’aucun combat n’éclatât, Dieu soit loué. Des échanges eurent alors lieu entre Ṭāz et ce gouverneur, en vue d’une conciliation : Ṭāz s’engagerait à se rendre, à prendre seulement dix montures pour se présenter devant le sultan, et à se démettre de ce qui l’occupait. Le vice-sultan s’engagerait de son côté à intercéder en sa faveur et à faire preuve de la plus grande bienveillance auprès du sultan. Ṭāz accepta, et demanda qu’on lui dépêche quelqu’un pour être témoin de son testament. Le vice-sultan envoya alors le cadi Shihāb al-Dīn.