À Ṣaydā(1), ils arrivèrent à bord de sept navires, tuèrent un groupe d’habitants, pillèrent de nombreux biens et firent également des prisonniers. Ils attaquèrent la population à l’aube du vendredi. Les musulmans leur infligèrent de lourdes pertes et coulèrent l’un de leurs navires. Les Francs revinrent le samedi avant la prière de l’après-midi (ʿaṣr), et le gouverneur se présenta alors en étant grièvement blessé. Le lieutenant du sultanat ordonna aussitôt de dépêcher l’armée vers cette zone ; ils partirent durant la nuit – louange à Dieu. Le ḥājib al-ḥujjāb (portier principal) les précéda, suivi par l’émir Shihāb al-Dīn Ibn Ṣubḥ, gouverneur de Ṣafad, lequel devança l’armée venue de Damas.
Ils constatèrent que les Francs s’étaient déjà rendus sur une île faisant face à Ṣaydā, emportant le butin et les captifs. Cependant, durant les combats, les musulmans étaient parvenus à capturer un vieillard et un jeune homme issus de la noblesse franque, ce qui avait entravé la progression des Francs. L’armée négocia alors avec eux la libération des prisonniers, leur offrant pour chaque tête la somme de cinq cents (monnaies). Ils reçurent ainsi du bureau chargé des prisonniers un total de trente mille, si bien qu’il ne resta entre les mains des Francs personne, grâce à Dieu.
Le jeune Franc demeura avec les musulmans et se convertit à l’islam, tandis que le vieillard blessé leur fut remis. Les Francs souffrirent alors d’une soif extrême et voulurent s’abreuver à un fleuve de la région, mais l’armée s’y rendit la première et les empêcha d’en boire la moindre goutte. Ils levèrent donc le camp dans la nuit du mardi, emportant le butin qu’ils avaient saisi. Des têtes de plusieurs Francs tués au combat furent ensuite envoyées pour être exposées sur la citadelle de Damas.
C’est alors qu’une nouvelle parvint annonçant que les Francs avaient encerclé Iyās(2), s’étaient emparés du rabīḍ(3) et assiégeaient la citadelle où se trouvait le gouverneur de la localité. On rapporta qu’ils avaient massacré un grand nombre d’habitants – “Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.” Le seigneur d’Alep partit avec une armée considérable pour les affronter, demandant à Dieu qu’Il leur accorde la victoire par Sa puissance et Sa force. On chuchota aussi parmi la population que la ville d’Alexandrie était assiégée, mais cette information n’a pas été confirmée. Quiconque désire être secouru mette sa confiance en Dieu.
Le samedi 4 Jumādā al-Ākhirah, d’autres têtes de Francs tués à Ṣaydā arrivèrent, au nombre d’une trentaine, et furent placées sur les créneaux de la citadelle. Les musulmans s’en réjouirent, louange à Dieu.
Dans la nuit du mercredi 22 Jumādā al-Ākhirah, un grand incendie se déclara à l’intérieur de Bāb al-Ṣaghīr(4) dans la “cuisine à sucre” proche du petit marché attenant à la mosquée al-Shanāshīn. L’incendie consuma cette cuisine et les alentours jusqu’au hammām Abī Naṣr, se propageant ensuite au petit marché susmentionné et aux lieux environnants. Ce désastre fut proche, voire plus grave encore que l’incendie précédemment survenu à l’extérieur de Bāb al-Faraj. “Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.” Le lieutenant du sultanat se rendit sur place, bien que cela survînt à l’heure de la prière du ʿishāʾ, et un vent violent soufflait ce soir-là, par décret du Tout-Puissant, l’Omniscient.
Enfin, le shaykh ʿIzz al-Dīn Muḥammad(5) ibn Ismāʿīl ibn ʿUmar al-Ḥamawī, l’un des maîtres narrateurs (transmetteurs), s’éteignit dans la nuit du mardi.