Au cours de ce mois éclata un différend parmi les hanbalites au sujet de la « munaqala » (le transfert d’un bien waqf), lorsque Ibn Qâdî al-Jabal (1), de rite hanbalite, jugea conforme de pratiquer ce transfert à propos de la maison de l’émir Sayf al-Dîn Taydamur al-Ismâ‘îlî (2), chambellan des chambellans, vers un autre terrain qu’il destinerait à la même affectation de waqf que la demeure initiale. Il mit donc sa décision à exécution, mais les trois qâdîs (juges) shafi‘ite, hanafite et mâlikite la cassèrent. Cela provoqua la colère du qâdî hanbalite — qui était le Qâdî al-Qudât (juge suprême) Jamâl al-Dîn al-Mardâwî al-Maqdisî — et il réunit plusieurs assemblées à ce sujet, où la discussion s’envenima. Beaucoup affirmèrent alors que, selon l’imam Aḥmad, la « munaqala » ne serait admissible qu’en cas de nécessité, et lorsqu’il n’était plus possible de tirer profit du bien waqf. Quant au simple transfert motivé par l’intérêt ou l’avantage prépondérant, il ne serait pas permis. Ils refusèrent d’entériner ce qu’avait établi le shaykh Taqî al-Dîn Ibn Taymiyya à ce propos et ce qu’il en avait rapporté de l’imam Aḥmad par de nombreuses voies, notamment celles de ses fils Ṣâliḥ (3), Ḥarb, Abû Dâwud et d’autres, montrant que la « munaqala » est autorisée pour un intérêt prépondérant. Il rédigea sur ce sujet un ouvrage spécifique que j’ai moi-même consulté et trouvé admirable et très instructif, à tel point que quiconque y jette un regard, parmi ceux qui goûtent la saveur du fiqh, n’a aucun doute qu’il reflète bien la position de l’imam Aḥmad (qu’Allah lui fasse miséricorde).
L’imam Aḥmad s’appuya à cet égard, dans le récit transmis par son fils Ṣâliḥ, sur la chaîne Yazîd ibn ‘Awf – al-Mas‘ûdî – al-Qâsim ibn Muḥammad : ‘Umar aurait écrit à Ibn Mas‘ûd pour qu’il déplace la grande mosquée de Kûfa vers l’endroit du marché des marchands de dattes et qu’il établisse le marché sur l’emplacement de l’ancienne grande mosquée (4). Ibn Mas‘ûd le fit. Cela constitue la preuve la plus manifeste pour autoriser un tel transfert justifié par l’intérêt seul, puisque rien n’imposait par nécessité de transformer l’ancienne grande mosquée en marché. Certes, il existe une rupture de chaîne de transmission entre al-Qâsim et ‘Umar, ainsi qu’entre al-Qâsim et Ibn Mas‘ûd, mais l’auteur de la doctrine (Aḥmad) s’y est référé et l’a prise comme argument, qui est limpide sur ce point. Un conseil fut ainsi réuni le lundi 28 du mois.
La nuit du mercredi 24 Jumâdâ al-Ûlâ, un grand incendie se déclara près de la porte al-Faraj. Il détruisit nombre de galeries marchandes (qaysariyyât) appartenant à Tâz et Yalbghâ, ainsi que la qaysariyya du tawâshî, propriété de la fille de Tankiz, et bien d’autres encore, ainsi que diverses maisons et boutiques. De très nombreux biens, marchandises, ustensiles en cuivre et autres produits d’une valeur dépassant un million furent perdus. « Nous sommes à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons. » Beaucoup de gens signalèrent que ces galeries abritaient maintes formes de dépravations, d’usure et d’autres comportements répréhensibles (5).
Enfin, le 27 de Jumâdâ al-Ûlâ, on apprit que les Francs — qu’Allah les maudisse — s’étaient emparés de la ville.