Il publia et composa de nombreux ouvrages largement diffusés et d’une grande utilité. Durant toute sa période de magistrature, il continua à composer et à écrire jusqu’à sa mort. Il récitait souvent (le Coran), et l’on m’a rapporté qu’il se levait la nuit pour prier – qu’Allah lui fasse miséricorde.
Au mois de Jumâdâ al-Ûlâ de cette année, il se fit connaître que les Francs, que Dieu les humilie, avaient envahi la ville de Tripoli de l’Ouest (1). J’ai lu dans l’écrit d’un juge suprême que leur prise de la ville avait eu lieu durant la nuit du vendredi, premier jour de Rabî‘ al-Awwal de cette année. Puis, quinze jours plus tard, les musulmans la reconquirent et en tuèrent chez eux un nombre nettement supérieur à celui qu’ils avaient initialement infligé aux musulmans. Louange et grâce à Dieu pour cela. Les [dignitaires] (2) de l’État envoyèrent alors un message en Syrie pour demander qu’une partie des fonds des fondations pieuses (waqf) destinées aux captifs serve à libérer ceux qui demeuraient encore entre leurs mains parmi les musulmans.
Le mercredi onzième du mois de Rajab de cette année, le juge mâlikite — lui-même juge suprême — Jamâl ad-Dîn al-Musallatî condamna à mort un chrétien du village de ar-Ra’s, relevant de la juridiction de Ba‘labakk, nommé Dâwud ibn Sâlim. Il fut établi durant la séance du tribunal à Ba‘labakk qu’il avait avoué ce dont l’accusait Ahmad ibn Nûr ad-Dîn ‘Alî ibn Ghâzî, du village d’al-Labwa : des propos injurieux à l’égard du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), comprenant des insultes et des calomnies qu’il ne convient pas de rapporter. Il fut exécuté — qu’Allah le maudisse — ce jour-là, après l’appel à la prière de l’après-midi, sur le marché aux chevaux. Les gens brûlèrent son corps, et Dieu soulagea ainsi la poitrine d’un peuple croyant. Louange et grâce à Dieu pour cela.
Le dimanche matin, quatorzième jour de Sha‘bân, le juge Bahâ’ ad-Dîn Abû al-Baqâ’ as-Subkî donna une leçon à la madrasa al-Qaymariyya (3), où son cousin, le juge suprême Tâj ad-Dîn ‘Abd al-Wahhâb, fils du juge suprême Taqî ad-Dîn as-Subkî, lui céda la chaire, en présence des juges et des notables. Il débuta son cours par la parole divine : « Et ils leur accordent la préférence sur eux-mêmes, même s’ils sont dans le besoin » [al-Ḥashr : 9].
On pria ce même jour, après la prière de midi, sur la dépouille de l’illustre jeune cheikh, l’érudit perfectionné Jamâl ad-Dîn ‘Abd Allâh ibn (4) l’imam Shams ad-Dîn ibn Qayyim al-Jawziyya al-Ḥanbalî. Il fut inhumé auprès de son père au cimetière de Bâb aṣ-Ṣaghîr. Sa cérémonie funéraire fut très suivie. Il possédait de solides connaissances et un esprit vif, brillant. Il avait émis des fatwas, enseigné, supervisé la répétition des leçons, disputé en science et accompli le pèlerinage plusieurs fois – qu’Allah lui fasse miséricorde et abreuve sa tombe de Ses bienfaits.
Le lundi dix-neuvième de Shawwâl, un incendie gigantesque se déclara de jour dans le marché des marchands de coton (Sûq al-Qaṭṭânîn). Le lieutenant du sultan, les chambellans et les juges s’y rendirent, tandis que les équipes (5) et les volontaires s’activèrent à l’éteindre et à le maîtriser jusqu’à ce que son ravage fût contenu. Un très grand nombre de boutiques et de maisons furent détruites, nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. Je revis les lieux le lendemain, et le feu, ainsi que la fumée, y demeuraient toujours persistants.