On résolut de déposer le roi as-Sâlih Sâlih ibn an-Nâsir, dont la mère est la fille de Tankiz, pour réinstaller son frère al-Malik an-Nâsir Hasan. Ainsi en fut-il fait ce jour-là. On assigna as-Sâlih à résidence, dans des conditions très strictes, sous la garde de sa mère Khawunda, fille de l’émir Sayf ad-Dîn Tankiz, qui avait été vice-roi de Syrie. On fit alors rechercher Tâz (1), tandis que furent arrêtés son frère Jantamur (2), ainsi que le frère utérin du sultan, ‘Umar ibn Aḥmad ibn Baktamur as-Sâqî. Une grande agitation s’empara alors des terres d’Égypte. Malgré cela, le courrier n’arriva au Shâm, tout comme la nouvelle de l’investiture, que le jeudi treize de ce mois. À cette occasion, l’émir ‘Izz ad-Dîn Aydamur ach-Chamsî arriva, le lieutenant (an-Nâʾib) prêta serment après avoir reçu une somptueuse robe d’honneur, et les émirs se réunirent au Dâr as-Sa‘âda selon la coutume. Les tambours de réjouissance retentirent, la ville fut ornée de décorations et, le vendredi, le prêcheur (khaṭîb) prononça le sermon en son nom, en présence du lieutenant de la sultanat, des juges et des dignitaires.
Le lundi matin, dix-neuf Shawwâl, l’émir Sayf ad-Dîn Mankjak fit son entrée à Damas pour y occuper le poste de vice-roi (nâʾib) de Tripoli. Il s’installa au palais al-Ablaq en compagnie de l’émir ‘Izz ad-Dîn Aydamur ; il y séjourna plusieurs jours avant de repartir, quelque temps plus tard (3).
Le jeudi matin, vingt-six du même mois, l’émir Sayf ad-Dîn Tâz arriva des terres d’Égypte, accompagné de plusieurs de ses hommes, en route vers sa vice-royauté d’Alep la protégée. Le lieutenant de la sultanat alla à sa rencontre, allant presque jusqu’à la mosquée Karîm ad-Dîn dans le quartier d’al-Qubaybât, puis le raccompagna jusqu’aux abords de la porte al-Farâdis. De là, Tâz poursuivit son chemin et passa la nuit à Wataʾat Barza, avant de reprendre la route au matin. Il avait un statut comparable à l’émir Shaykhûn, mais ce dernier, ayant pris le dessus, l’envoya dans la région d’Alep. Tâz était apprécié du peuple pour ses efforts louables dans des affaires de grande importance, comme on l’a déjà mentionné.
[Puis commença l’année 756 H]
Cette année débuta alors que le sultan de l’Islam et des musulmans était le sultan al-Malik an-Nâṣir Ḥasan ibn al-Malik an-Nâṣir Muḥammad ibn al-Malik al-Manṣūr Qalâwûn aṣ-Ṣâliḥî, sans qu’il y eût en Égypte de vice-roi ni de vizir. Les juges en fonction étaient les mêmes que l’année précédente.
Le vice-roi de Damas restait l’émir ‘Alî al-Mâridânî, et les juges, le ḥajib (chambellan), le khaṭîb (prêcheur) et le kâtib as-sirr (secrétaire particulier) conservaient leurs postes comme auparavant. L’émir Sayf ad-Dîn Tâz était vice-roi d’Alep, l’émir Mankjak vice-roi de Tripoli, et l’émir Asandamur (4) al-‘Umari vice-roi de Ḥamâ.