Celui qui fut son vizir dans les territoires égyptiens et qui était détenu à Alexandrie avec Mughlatay(1) se rendit ensuite à Safad, où il demeura oisif. De même, Mughlatay fut sommé de rester inactif à Tripoli, en attendant que Dieu juge – Exalté soit-Il –. Fin de l’extrait, et Dieu sait mieux.
[Une anecdote singulière]
Le lundi seizième de Jumâdâ al-Oulâ, un homme parmi les Râfidah, originaire de al-Hillah(2), passa par la Grande Mosquée de Damas en injuriant le premier qui aurait opprimé la famille de Muhammad, répétant ces propos sans relâche. Il ne pria pas avec les fidèles et ne fit pas la prière funéraire pour le défunt présent, alors même que les gens étaient en pleine prière, et il continuait de répéter ses insultes à voix haute. Lorsque nous eûmes terminé la prière, j’attirai l’attention des fidèles sur lui, qui le saisirent aussitôt. Or, le grand cadi chaféite était précisément présent à cette prière funéraire. Je m’approchai alors de lui et l’interrogeai : « Qui a opprimé la famille de Muhammad ? » Il répondit : « Abou Bakr al-Siddîq. »
Puis il déclara publiquement, sous l’oreille de tous : « Qu’Allah maudisse Abou Bakr, ‘Omar, ‘Othmân, Mu‘âwiya et Yazîd. » Il répéta ces paroles deux fois. Le juge ordonna qu’on l’emprisonnât. Ensuite, le cadi mâlikite le fit comparaître et le fit fouetter. Pendant ce temps, il ne cessait de vociférer des insultes et des malédictions et de proférer des paroles qu’aucun être sain ne saurait prononcer. Le nom de cet homme maudit était ‘Alî ibn Abî al-Fadl ibn Muhammad ibn Husayn ibn Kathîr – puisse Dieu le flétrir et l’humilier.
Le jeudi dix-sept du même mois, on convoqua un conseil à Dâr al-Sa‘âda, en présence des quatre cadis. On l’y fit comparaître, et par la décision divine, le substitut du cadi mâlikite prononça contre lui la peine de mort. Il fut emmené sur-le-champ, on lui trancha la tête au pied de la citadelle, puis le peuple brûla son cadavre, exhiba sa tête à travers la ville et proclama : « Voilà le châtiment de qui insulte les Compagnons du Messager d’Allah (ﷺ). » J’avais déjà débattu avec cet ignorant chez le cadi mâlikite, et j’avais constaté qu’il défendait certains propos extrêmes propres aux Râfidah. Il avait recueilli des doctrines d’incroyance et d’hérésie auprès des disciples d’Ibn al-Mutahhar – puisse Dieu le vouer, lui et eux, à la disgrâce.
Un décret parvint alors, imposant aux gens du pacte (Ahl al-Dhimmah) de se conformer aux « clauses ‘umariques »(3). Le vendredi dix-huit du mois de Rajab al-Fard, on donna lecture dans la Grande Mosquée de Damas, au niveau de la maqṣûrah, et en présence du vice-sultan, des chefs bédouins, des hauts émirs, de ceux qui détiennent le pouvoir et du grand public, du rescrit du sultan qui obligeait les gens du pacte à respecter ces clauses ‘umariques, assorties d’autres prescriptions :
Il leur est interdit d’occuper quelque fonction que ce soit dans les bureaux (dawâwîn) relevant du sultan ou des émirs, ou dans tout autre domaine ; la longueur du turban de chacun d’eux ne peut excéder dix coudées ; ils n’ont pas le droit de monter à cheval ou à dos de mule, mais seulement d’âne avec un bât placé en travers ; ils ne peuvent entrer dans les bains publics (ḥammâm) qu’avec des marques distinctives, comme une clochette ou un anneau de cuivre jaune ou de plomb ; leurs femmes ne doivent pas se mêler aux musulmanes dans les mêmes bains, et doivent disposer de bains qui leur soient réservés. De plus, le pagne (izâr) de la chrétienne doit être en lin bleu, et celui de la juive en lin jaune.