Je l’ai interrogé : « As-tu eu une pollution nocturne (iḥtilām) ? » Il répondit qu’il avait eu deux pollutions nocturnes depuis que ce phénomène lui était arrivé, et que cela remontait à environ six mois avant qu’il ne m’en fasse part. Il mentionna qu’il excellait dans les métiers féminins tels que le filage, la broderie, le tissage orné (zarkach) et d’autres encore.
Je lui demandai : « Quel était ton nom lorsque tu étais considéré comme femme ? » Il répondit : « Nafīsa. » Je lui dis : « Et aujourd’hui ? » Il dit : « ‘Abd Allāh. » Il expliqua que lorsqu’il se retrouva dans cet état, il le cacha à sa famille, y compris à son père. Puis ses proches décidèrent de le marier comme quatrième époux. Il s’adressa alors à sa mère en disant : « L’affaire est telle et telle. » Quand sa famille en eut connaissance, elle en informa le représentant de la sultane dans cette région. Un procès-verbal fut alors dressé, et l’affaire se propagea. Il arriva à Damas et comparut devant le vice-sultan de Damas, lequel l’interrogea et obtint de lui le même récit qu’il m’avait fait. Le chambellan Sayf al-Dīn Kujakān ibn Lāqūsh (1) le reçut, l’habilla à la manière des soldats. C’était un jeune homme beau, dont le visage, l’allure, la démarche et la façon de parler rappelaient la féminité. Gloire à Celui qui accomplit ce qu’Il veut ! Une telle chose n’arrive que très rarement dans le monde.
Pour ma part, je pense que ses attributs masculins étaient restés enfouis au niveau d’un renfoncement (comme dans une coque d’oiseau) jusqu’à ce qu’ils se développent peu à peu ; ils apparurent alors entièrement, révélant qu’il était de sexe masculin. On m’a aussi rapporté que son organe était sorti déjà circoncis, si bien qu’on parla de « circoncision de la lune ». Cela se produit souvent, Dieu seul sait.
Le mardi cinquième jour du mois de Rajab, l’émir ‘Izz al-Dīn Tuqṭāy (2), le dūwaydār venu des régions d’Alep, arriva et fit connaître la décision prise par les armées d’Alep de partir avec leur gouverneur, les gouverneurs des forteresses environnantes et les troupes pour poursuivre Dulghādar le Turkmène. Ce dernier avait soutenu Baybughā et les siens lorsque ceux-ci s’étaient soulevés contre le sultan. Il se rendit avec lui jusqu’à Damas, et la suite des événements a déjà été décrite l’année précédente. Ils pillèrent ses biens et ses possessions, firent prisonniers un grand nombre de ses fils, de ses proches et de ses femmes, et l’armée s’empara d’un grand troupeau de moutons et de bovins, d’esclaves, de montures, de marchandises, entre autres. Dulghādar se réfugia auprès d’Ibn Artanā (3), qui l’entoura de précautions et l’emprisonna chez lui, puis en informa le sultan. Les gens se réjouirent de savoir l’armée d’Alep en sécurité, après qu’elle eut connu de rudes épreuves et de grandes fatigues.
Le mercredi treizième du même mois, revinrent les émirs qui avaient été emprisonnés à Alexandrie depuis le retour du sultan en Égypte. Ces hommes étaient soupçonnés d’avoir soutenu Baybughā ou travaillé à son service, tels l’émir Sayf al-Dīn Malik Āṣ (4), ‘Alā’ al-Dīn ‘Alī al-Bashmuqdār (5), Sāṭilmas al-Jalālī et ceux qui les accompagnaient.
Au début du mois de Ramadan, il arriva qu’un groupe de muftis rendit une fatwa selon l’une des deux opinions émises par les savants – deux positions reconnues selon nos savants shaféites – à savoir la possibilité de rebâtir ce qui fut détruit des églises. Alors, le juge suprême Taqī al-Dīn as-Subkī s’opposa fermement à eux.