Le Qasr al-Ablaq et son projet de se rendre dans les régions d’Alep pour préparer les armées contre Baybugha et ses compagnons prirent fin. Dieu, à Lui la science parfaite.
[Puis vint l’année sept cent cinquante‐quatre]
Au début de cette année, le sultan de l’Islam régnant sur les territoires égyptiens, les contrées syriennes, le royaume d’Alep et ses dépendances, ainsi que sur les deux Lieux saints, était le roi as-Sâlih Ṣalāḥ ad-Dīn Ṣāliḥ, fils du sultan an-Nāṣir Muḥammad, fils du sultan al-Manṣūr Qalāwun as-Sāliḥī.
Son lieutenant pour les territoires égyptiens était l’émir Sayf ad-Dīn Qablay, et ceux qui participaient à l’administration royale étaient les émirs Sayf ad-Dīn Shaykhûn, Sayf ad-Dīn Tāz et Sayf ad-Dīn Ṣarghatmush an-Nāṣirī. Les juges suprêmes (qāḍī al-quḍāt) et le secrétaire royal (kātib as-sirr) étaient les mêmes que ceux mentionnés l’année précédente.
Le gouverneur (nāʾib) d’Alep était l’émir Sayf ad-Dīn Arghūn al-Kāmilī, chargé de combattre les trois émirs Baybugha, Amîr Aḥmad et Baklamush, coupables de ce que nous avons relaté en rajab de l’année précédente. Ils s’étaient alors réfugiés dans le pays d’al-Abulustayn(1), sous la protection de Dulghādar(2) le Turkmène, lequel, craignant ensuite le souverain d’Égypte, les livra finalement au gouverneur d’Alep susmentionné. Les musulmans s’en réjouirent vivement, louange à Dieu et hommage Lui soit rendu. Quant au gouverneur de Tripoli, l’émir Sayf ad-Dīn Aytamush, ancien gouverneur de Damas comme nous l’avons signalé, il fut déplacé à plusieurs reprises jusqu’à sa nomination à Tripoli lorsque le sultan séjournait à Damas, comme indiqué auparavant.
Lorsque commença cette nouvelle année, les informations affluèrent concernant les trois émirs Baybugha, Baklamush et Amîr Aḥmad : ils étaient tombés entre les mains du gouverneur d’Alep, l’émir Sayf ad-Dīn Arghūn, et se trouvaient détenus dans la citadelle d’Alep, dans l’attente de la décision à leur sujet. Les musulmans en furent fort heureux.
Le samedi dix-sept muḥarram, l’émir ʿIzz ad-Dīn Tuqṭāy ad-Duwaydār arriva à Damas, de retour des régions d’Alep, portant avec lui la tête de Baybugha le rebelle (que Dieu lui ait permis de le vaincre), après que ses deux compagnons – Baklamush, qui avait été gouverneur de Tripoli, et Amîr Aḥmad, qui avait été gouverneur de Ḥamā – furent arrivés avant lui. Leurs têtes avaient été tranchées à Alep sous les yeux de son gouverneur, l’émir Sayf ad-Dīn Arghūn al-Kāmilī, puis envoyées en Égypte. Quand Baybugha fut amené à son tour, il subit le même sort, publiquement, après la prière de lʿAṣr, sur le marché.
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(1) Al-Abulustayn : nom d’une région mentionnée dans la source.
(2) Dulghādar : chef turkmène qui apporta d’abord sa protection aux émirs, avant de les livrer par crainte du souverain d’Égypte.