On rapporte à leur sujet qu’ils se livraient à des dépravations avec des femmes, et après les prières, on invoquait contre eux en prononçant clairement leurs noms, faisant allusion aux noms de leurs émirs et de leurs partisans.
Quant au gouverneur de la citadelle, l’émir Sayf al-Dîn Iyyâjî, il rassurait constamment la population, raffermissait leur détermination et leur annonçait que les armées victorieuses allaient sortir des terres égyptiennes, en compagnie du Sultan, pour se rendre vers Gaza où se trouvait l’armée de Damas, afin que tous se rassemblent à son service et sous son autorité. On sonnait alors les trompettes de la bonne nouvelle, ce qui réjouissait les gens, puis les informations se calmaient et les récits s’interrompaient, ce qui inquiétait de nouveau. Pourtant, ils sortaient à toute heure avec magnificence, promesses et beaux atours. Ensuite vint le Sultan – qu’Allâh le soutienne – et les émirs mirent pied à terre devant lui, depuis l’endroit où on avait étendu un tapis pour lui près de la mosquée al-Ḏubbān jusqu’à l’intérieur de la citadelle al-Manṣûrah. Il portait un grand qabāʾ (habit) rouge d’une valeur considérable, chevauchant un cheval de race, dressé et habitué à une démarche droite dans l’usage de l’arc. Il était beau de visage, agréable d’apparence, revêtu de la majesté du royaume et de l’autorité, avec un jatar (ombrelle royale) au-dessus de la tête, porté par l’un des grands émirs. À chaque fois que les gens le voyaient, ils invoquaient en sa faveur d’une voix forte, et les femmes poussaient des youyous (zaghārît). Tous se réjouirent grandement, et ce fut un jour mémorable et un événement louable, qu’Allâh le rende béni pour les musulmans.
Il s’installa dans la citadelle al-Manṣûrah. Le calife al-Muʿtaḍid Abû al-Fatḥ Abû Bakr, (1) fils d’al-Mustaʿkfî bi-llâh Abî al-Rabîʿ Sulaymân, fils d’al-Ḥākim bi-Amr Allâh Abî al-ʿAbbâs Aḥmad, qui montait à sa gauche, était arrivé avec lui et demeura à la madrasa al-Dimāghiyya (2).
[Ensuite] (3), dans la soirée de ce même jour, les émirs prirent la route avec le gouverneur de la Syrie. Tâz et Shaykhûn marchaient à leur tête, à la poursuite de Baybughā et de ceux qui l’accompagnaient parmi les rebelles semant la corruption.
Le vendredi suivant, le deuxième jour (du mois), le Sultan – qu’Allâh le soutienne – se rendit à la Mosquée des Omeyyades pour y accomplir la prière du vendredi à la place réservée aux gouverneurs du Sultan – qu’Allâh le soutienne. L’on fit alors beaucoup d’invocations et de démonstrations d’affection à son égard, alors qu’il se rendait et revenait ; qu’Allâh agrée tout cela de sa part. Il fit de même le vendredi suivant, qui coïncidait avec le neuvième jour du mois.
Le samedi dixième (du mois), nous rencontrâmes (5) le calife al-Muʿtaḍid bi-llâh Abû al-Fatḥ Abû Bakr al-Mustaʿkfî bi-llâh Abû al-Rabîʿ Sulaymân, fils d’al-Ḥākim bi-Amr Allâh Abî al-ʿAbbâs Aḥmad. Nous le saluâmes alors qu’il se trouvait à la madrasa al-Dimāghiyya, à l’intérieur de Bâb al-Faraj. Je lus en sa présence un fascicule contenant un hadith rapporté par Aḥmad ibn Ḥanbal d’après Muḥammad ibn Idrīs ash-Shāfiʿî dans son « Musnad », selon le shaykh ʿIzz ad-Dîn ibn aḏ-Ḍiyāʾ al-Ḥamawī qui l’avait entendu de Ibn al-Bukhārī et de Zaynab bint Makī.